Se livrer
Le 26 juin 1864, à Montpellier, sainte Thérèse Couderc
a fait une expérience spirituelle dont elle a gardé trace dans un écrit,
"Se livrer", qui, au delà des marques du temps est l'expression d'une
attitude spirituelle qui est un des fondements de la spiritualité du Cénacle.
Déjà plusieurs fois Notre-Seigneur
m'avait fait connaître combien il était utile pour l'avancement d'une âme qui
désire sa perfection de se livrer sans réserve à la conduite de l'Esprit Saint.
Mais ce matin il a plu à sa divine Bonté de m'en donner encore une vue toute
particulière.
Qu'est-ce que " se livrer
"? Je comprends toute l'étendue du sens de ce mot: se livrer, mais je ne
puis l'expliquer. Je sais seulement
qu'il est très étendu, qu'il embrasse le présent et l'avenir.
Se livrer, c'est plus que se
dévouer, c'est plus que se donner, c'est même quelque chose de plus que
s'abandonner à Dieu.
Se livrer enfin, c'est mourir à
tout et à soi-même, ne plus s'occuper du moi que pour le tenir toujours tourné
vers Dieu.
Se livrer, c'est encore ne plus se
chercher en rien, ni pour le spirituel, ni pour le temporel, c'est-à-dire ne
plus chercher de satisfaction propre mais uniquement le bon plaisir divin. Il
faut ajouter que se livrer, c'est aussi cet esprit de détachement qui ne tient
à rien, ni pour les personnes, ni pour les choses, ni pour le temps, ni pour les
lieux. C'est adhérer à tout, accepter tout, se soumettre à tout.
Mais on va croire peut-être que
cela est bien difficile à faire. Qu'on se détrompe, il n'y a rien de si facile
à faire et rien de si doux à pratiquer. Le tout consiste à faire une seule fois
un acte généreux, en disant avec toute la sincérité de son âme :
" Mon Dieu, je veux être tout
à vous, daignez accepter mon offrande ". Et tout est dit. Avoir soin
désormais de se tenir dans cette disposition d'âme et ne reculer devant aucun
des petits sacrifices qui peuvent servir à notre avancement dans la vertu. Se
rappeler que l'on s'est livré.
Je prie Notre-Seigneur de donner
l'intelligence de ce mot à toutes les âmes désireuses de lui plaire, et de leur
inspirer un moyen de sanctification si facile. Oh! si l'on pouvait comprendre à
l'avance quelles sont les douceurs et la paix que l'on goûte quand on ne met
pas de réserve avec le Bon Dieu! Comme il se communique à l'âme qui le cherche
sincèrement et qui a su se livrer. Que l'on en fasse l'expérience et l'on verra
que c'est là où se trouve le vrai bonheur que l'on cherche en vain sans cela.
L'âme livrée a trouvé le paradis sur la terre, puisqu'elle y jouit de cette
douce paix qui fait en partie le bonheur des élus.