Ø Nous sommes dans le contexte d’un peuple qui est revenu de l’exil à Babylone, après 50 ans de captivité ; le pays est en grande partie dévasté, détruit.
Ø C’est un pays où règne la corruption, de grandes inégalités sociales (un peu comme aujourd’hui, mais en beaucoup plus grave), grandes différences entre les pauvres et les riches.
Ø Un texte qui dit que les actes de piété (la pratique religieuse) ne vaut rien si elle ne va pas de pair avec un engagement éthique, la justice, le droit, l’amour, le souci des plus pauvres.
Ø Les termes utilisés sont très durs : péché, mais plus encore crime : il ne s’agit pourtant pas meurtre, ni même de vol. Il s’agit « seulement » de querelles, disputes, oppression du pauvre, manque de partage.
Jésus,
Sermon sur la
montagne : Mt 5, 21 : « Vous avez appris qu’il a été dit
aux anciens : Tu ne tueras pas ; celui qui tuera sera passible du
jugement. Et moi je vous dis que quiconque se met en colère sera passible du
jugement. Celui qui dira à son frère : raca ! sera passible du
sanhédrin. Celui qui dira : fou ! sera passible de la géhenne de
feu. »
Ø Le peuple croit être fidèle à Dieu, être proche de Dieu, il croit pratiquer la justice (le droit), Et il s’étonne du fait que Dieu apparemment ne le voit pas.
Ø Le v. 2 exprime les élément principaux d’une quête authentique de Dieu :
- rechercher Dieu jour après jour
- désirer connaître ses voies
- pratiquer la justice, le droit
- chercher des lois justes
- désirer être proche de Dieu
Oui, mais… Les faits contredisent les paroles ou les intentions. Il y a dichotomie entre les intentions et l’agir. Il y a un proverbe qui dit que « l’enfer est pavé de bonnes intentions. » Quand les intentions ne se traduisent pas par des actes concrets, elles ne traduisent pas une quête authentique de Dieu
Ø 4. Le Seigneur leur reproche d’abord de traiter des affaires. Traiter des affaires, c’est avoir un rapport utilitariste, idolâtrique à nos activités, un rapport d’esclave. Au lieu que ces activités soient à mon service, que ce soit moi qui en soit le maître, c’est plutôt moi qui suis à leur service : ces activités sont devenues mon maître ; elles sont devenues des affaires.
Ø Le
deuxième reproche est d’ordre relationnel : les relations
sont conflictuelles: querelles,
disputes, coups de poings sauvages.
Il existe plusieurs manières de donner des coups de poings : il y a des paroles qui sont plus violentes que des coups de poings, des paroles qui blessent, des paroles qui tuent, des paroles qui démolissent, qui dévalorisent, qui méprisent
5. Dieu remet en cause les pratiques rituelles extérieures : une critique qui revient régulièrement dans le livre d’Isaïe : Is 1, 11-16
Jésus : « C’est la miséricorde que je veux, et non pas les sacrifices » (Mt 12, 7) La miséricorde = avoir du cœur pour la misère, être pris aux entrailles par la souffrance du prochain.
Ø Dieu veut intérioriser, spiritualiser les pratiques religieuses : prière, jeûne, aumône. Que ce ne soit pas des pratiques qui servent à conforter mon sentiment d’être bon chrétien, une manière de me donner bonne conscience. Dieu veut que notre agir extérieur corresponde à notre cœur.
Le jeûne qui plait à Dieu
comporte deux aspects : libérer
- partager, accueillir, revêtir
1. La pratique qui plaît à Dieu est œuvre de libération : « Défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug ; renvoyer libres les opprimés, et rompre tous les jougs »
- L’acte fondateur du Judaïsme est une libération : libération des Hébreux esclaves en Égypte.
- Il en est de même pour
les chrétiens : St Paul dans la
lettre aux Galates présente le salut chrétien comme une libération :
« Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. (…) Si le
Christ vous a libérés, c’est pour que vous soyez vraiment libres. »
Toute l’œuvre du Christ, et on pourrait dire aussi de l’éthique, est de libérer
dans le sens fort du terme. Nous avons à accueillir toujours plus cette
liberté des enfants de Dieu, pour devenir vraiment libres, et pour aussi
libérer les autres.
On peut avoir une attitude, des paroles qui ouvrent des espaces de liberté, qui libèrent, qui mettent au large, qui permettent à l’autre d’être lui-même. Ou inversement, on peut avoir des attitudes ou des paroles qui emprisonnent, qui enferment l’autre dans ce que nous croyons qu’il est. Des attitudes qui ne le laissent pas être lui-même, différent. Sa manière d’être, d’agir peut m’apparaître menaçante, me désécuriser. Pour me protéger, je peux l’empêcher d’agir ou d’être ce qu’il est.
2. Partager , accueillir : partager le pain avec l’affamé, héberger le pauvre sans abri, vêtir celui qui est nu, ne pas se dérober devant celui est dans le besoin
Jésus Mt 25 : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez vêtu, en prison et vous êtes venu me voir »
Ces détresses
fondamentales, peuvent être lues à deux niveaux : au sens
propre ou au sens figuré : il y a la faim profonde de tout être humain, ses attentes, sa soif, son
besoin d’être aimé, d’être reconnu dans sa valeur, dans sa dignité
Ø Héberger = accueillir l’autre dans sa détresse, dans ses attentes, dans sa demande, ne pas le laisser à l’extérieur de mon espace personnel, ne pas le maintenir à distance. On peut avoir vis-à-vis du prochain, en particulier celui qui me gène, une attitude d’ouverture, d’accueil, ou de fermeture.
Ø Vêtir celui qui est nu : on peut avoir un regard qui laisse le prochain nu : tu n’es rien, tu ne vaux rien ; ou au contraire un regard qui habille, qui reconnaît la dignité de la personne, sa valeur. Ou encore un regard qui réduit l’autre à la surface, à l’apparence ; mais au contraire un regard qui voit le cœur, ce qu’il y a de plus profond en l’autre.
Ø Ne pas se dérober, ne pas fuir devant le besoin de l’autre ; ne pas fuir celui qui me gêne.
Ø V. 10 : Si tu donnes à l’affamé ton âme : si on le traduit assez littéralement, le texte est très fort ; il s’agit plus que de donner quelque chose de matériel, mais de donner de soi-même, de son âme, de son cœur.
La transformation de l’agir se traduit par un
transformation de la relation à Dieu, et par une transformation de la
personne :
Ø 8. La lumière : soulignée plusieurs fois ; elle est le symbole du bonheur et de la prospérité, une image du salut .
Ø Guérison de la blessure : il y a un lien entre attitude spirituelle, entre notre agir et la guérison intérieure, souvent guérison psychique et même parfois même physique.
Ø La relation avec Dieu restaurée: le Seigneur répondra, il sera présent, sa gloire se manifestera, il te guidera.
Ø Le Seigneur sans cesse te conduira : alors tu verras clair dans ton chemin de vie, tu sauras choisir le bien, choisir la vie, ce qui conduit au bonheur, ce qui te permettra de vraiment naître à toi-même.
Ø 11. Le Seigneur te rassasiera dans les lieux arides, il comblera ta faim , ta soif, même si tu traverses les déserts , les lieux arides.
Ø Il donnera la vigueur à tes os : Autrement dit, tu auras une solidité, une colonne vertébrale. Tu ne seras pas comme un mollusque, qui a besoin d’une carapace pour se protéger.
Le chrétien adulte a intériorisé la loi de Dieu avec ses exigences. Elles sont devenues pour lui comme une ossature qui lui donne solidité, même dans les épreuves et les difficultés de la vie. Cette loi de Dieu, inscrite dans le cœur, qui est l’esprit saint habitant dans nos cœurs, donne à la fois une immense liberté et en même temps une grande cohérence à la vie.
Ø Abondance de l’eau : tu seras comme un jardin arrosé. Plus encore, tu deviendras toi-même comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas : tu deviendras toi-même source pour les autres.
Ø 12. La restauration , le relèvement de ce qui a été abîmé par la vie, ou même détruit. Si l’on suit vraiment le chemin du bien, Dieu relèvera à travers nous le monde qui nous entoure.
Ø Tu relèveras les fondations des générations passées : il y a souvent des blessures qui se transmettent de génération en génération. Des parents violents qui engendrent des enfants violents, qui engendrent eux-mêmes des petits enfants violents. Une chaîne causale comme appelée à se répéter indéfiniment. Dieu vient ouvrir une brèche dans cette chaîne causale, vient casser ces déterminismes liés au passé et à la généalogie. Il vient restaurer les fondations de la personne pour repartir sur une base saine.
Ø Le Sabbat (ou jour de repos, consacré au Seigneur) : il s’agit à mon avis de quelque chose de fondamental, qui fait partie de la structure même de la personne. Et il se pourrait que le rapport que l’on entretient avec le Sabbat conditionne le rapport que l’on entretient avec tout le reste de l’existence.
Le Sabbat, c’est le moyen de faire une brèche dans nos activités, de prendre du recul vis-à-vis d’elles. Le moyen de s’en faire le maître, et non pas de nous laisser mener par elles. « Si ce n’est pas toi qui mènes tes activités, ce sont elles qui te mèneront. Si tu n’apprends pas à t’en libérer, tu en seras esclave. »
Il faut souligner que le
sabbat, dans le décalogue, est un signe rappelant la libération d’Égypte, un
signe de la liberté acquise : Dt 5, 15 : « Tu te
souviendras que tu as été en servitude au pays d’Égypte et que le Seigneur ton
Dieu t’en a fait sortir d’une main forte et d’un bras étendu ; c’est
pourquoi le Seigneur ton Dieu t’a commandé de garder le jour du sabbat » Il
y a donc un lien étroit entre le sabbat
et la liberté.
« Par ce temps d’arrêt, l’homme a l’occasion d’affirmer sa liberté face à ce qu’il fait. Le sabbat offre à l’homme, (…) une prise de distance pour ne pas être maîtrisé par ce qu’il a conquis… Il permet à l’homme une prise de distance libératrice face au monde et face à lui-même, devant la tentation constante de s’asservir à ce qu’il fait ou ce qu’il possède. Le sabbat offre à l’homme l’occasion de redevenir maître et non esclave – même de son temps » (Collectif, Le temps pour vivre, p. 101)
Ø La vraie pratique religieuse « ne consiste pas d’abord en des attitudes extérieures (vv. 3b-5) ; il consiste bien plutôt à rejeter toute injustice et se dévouer au service des autres (vv. 6-7) ; si l’on cesse de faire le mal et si l’on s’attache à faire du bien, alors on jouira des faveurs de Dieu, qui relève les amis et les rend capable de relever le monde qui les entoure (vv. 8-12) » (TOB 866, note o)
Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges
1. Crie
à pleine gorge, ne te retiens pas, comme le cor, élève la voix,
annonce à mon peuple
ses crimes, à la maison de Jacob ses péchés.
2. C’est
moi qu’ils recherchent jour après jour, ils désirent connaître
mes voies,
comme une nation qui a pratiqué la justice, qui n’a pas négligé le droit de son Dieu.
Ils s’informent près de moi des lois justes, ils désirent être proches de Dieu.
3. « Pourquoi
quand nous jeûnons ne le vois-tu pas,
quand nous affligeons nos âmes ne le sais-tu pas ? »
4. C’est qu’au jour où vous jeûnez, vous traitez des affaires,
Et vous opprimez tous vos ouvriers.
C’est que vous jeûnez
pour vous livrer aux querelles
et aux disputes,
Pour frapper du poing méchamment.
Vous
ne jeûnerez pas comme aujourd’hui
si vous voulez faire entendre votre voix là-haut.
5. Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme afflige son âme ?
Courber la tête comme un jonc, se
faire une couche de sac et de cendre,
Est-ce là ce que tu
appelles un jeûne, un jour
agréable au Seigneur ?
6. N’est-ce pas plutôt ceci le jeûne que je préfère :
défaire les chaînes injustes, délier
les liens du joug ;
renvoyer libres les opprimés,
et rompre tous les jougs.
7. N’est-ce pas rompre ton pain
pour l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri,
si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober
devant celui qui est ta propre chair ?
8. Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement,
ta justice
marchera devant toi, et la gloire
du Seigneur te suivra.
9. Alors tu
crieras et le Seigneur te répondra, tu appellera et il dira : Me
voici !
Si tu bannis de chez toi le
joug, le geste menaçant et les paroles méchantes,
10. Si tu donnes à
l’affamé ton âme, et si tu rassasies l’opprimé,
ta lumière
se lèvera dans les ténèbres,
et l’obscurité
sera pour toi comme le milieu du jour.
11. Le Seigneur sans cesse te conduira, il te rassasiera dans les lieux arides,
il donnera
la vigueur à tes os, et tu seras comme un jardin arrosé,
comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas.
12.
On reconstruira
les ruines antiques, tu relèveras
les fondations des générations passées,
on t’appelleras Réparateur de brèches, Restaurateur
des chemins,
pour qu’on puisse habiter.
13. Et si tu t’abstiens de violer le Sabbat,
de vaquer à tes affaires en mon jour saint,
si tu appelles le Sabbat « mes
délices », et
« vénérable » le jour saint du Seigneur,
et si tu l’honores en t’abstenant de voyager, de traiter tes
affaires et de tenir des discours,
14. alors
tu trouveras tes délices dans le Seigneur,
je te porterai en triomphe sur
les hauteurs du pays.
Je te nourrirai de l’héritage
de ton père Jacob ;
car la bouche du Seigneur a parlé.
1. Quel est mon rapport aux activités et aux biens : en suis-je bien
maître ou ce sont-elles plutôt qui ont tendance à me mener ? Est-ce que je
tiens bien compte des conséquences que mon rapport aux biens entraîne envers
les plus défavorisés ?
2. Quelle est la nature de mes relations : Quelles sont les
situation où j’ai des attitudes, des paroles qui ouvrent des espaces de
liberté, qui libèrent, qui permettent à l’autre d’être lui-même.
Inversement,
quelles sont les situations où j’ai des attitudes ou des paroles qui
emprisonnent ? Pourquoi ?
3.
« C’est la miséricorde
que je désire et non pas le sacrifice. » (Mt 12, 7)
-
Est-ce bien la miséricorde que je recherche ? (miséricorde = avoir du cœur pour la misère, être
pris aux entrailles par la souffrance du prochain)
- Est-ce que mes pratiques religieuses correspondent bien à mon cœur ?
- Est-ce que je suis tenté par le paraître, par le désir de faire bonne
figure ?
- Est-ce que je cherche à me donner bonne conscience ?
- Qu’est-ce que je peux
faire pour intérioriser, spiritualiser ces pratiques, pour
harmoniser mon corps à mon cœur ? Pour être plus vrai, plus
transparent ?
4. Je peux méditer sur l’éthique, la
pratique religieuse comme œuvre de
libération : Ga 5, 1. 13 : « Vous, frères, c’est à la liberté que vous
avez été appelés. (…) Si le Christ vous a
libérés, c’est pour que vous soyez vraiment libres. »
Est-ce
que je laisse les autres vraiment libres, être eux-mêmes, ou est-ce que je
tends
à les emprisonner dans mes façon de voir et de
penser, ou dans mes projections ?
9. « Ne pas te dérober devant celui qui
est ta propre chair. » Est-ce
que j’ai tendance à me dérober face à celui
avec qui je ne suis pas à l’aise, qui me gêne ? Comment est-ce
que je tiens compte des plus
défavorisés dans la société et dans le monde ?
10. Méditer
sur les fruits du jeûne que le Seigneur attend :
- la lumière éclatante
- la
guérison de la blessure
- la présence et l’exaucement
du Seigneur
- le rassasiement et la source
jaillissante même dans les lieux arides
- la restauration et le
relèvement des ruines
- le relèvement des fondations
des générations passées
11. Je peux réfléchir sur le sens du Sabbat dans ma vie, éventuellement à partir de la citation suivante :
« Par ce temps d’arrêt, l’homme a l’occasion d’affirmer sa liberté face à ce qu’il fait. Le sabbat offre à l’homme, (…), une prise de distance pour ne pas être maîtrisé par ce qu’il a conquis… Il permet à l’homme une prise de distance libératrice face au monde et face à lui-même, devant la tentation constante de s’asservir à ce qu’il fait ou ce qu’il possède. Le sabbat offre à l’homme l’occasion de redevenir maître et non esclave – même de son temps » (Le temps pour vivre, p. 101)