1.
Parole
que vit Isaïe, fils d’Amoç, au sujet de Juda et de Jérusalem.
2.
Il
arrivera dans les derniers temps que la montagne
de la maison de Yahvé
sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines.
Alors, toutes les nations marcheront vers elle,
3. alors viendront des peuples
nombreux qui diront :
« Venez,
montons à la montagne de
Yahvé, à la maison du Dieu de Jacob,
qu’il nous enseigne ses voies, et que nous marchions
sur ses sentiers. »
Car de Sion vient la Loi, et de
Jérusalem la Parole du Seigneur.
4. Il
jugera entre les nations, il sera l’arbitre des peuples nombreux.
Ils briseront leurs épées pour en faire
des socs,
et leurs lances pour en faire des serpes.
On ne lèvera plus l’épée nation contre
nation,
On
n’enseignera plus à faire
la guerre.
5.
Venez,
maison de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.
Ø
Un
texte écrit vers 750 av. J-C. probablement dans un contexte de guerre. Un contexte qui ressemble à notre
monde d’aujourd’hui, qui est marqué par la violence et la guerre (rien qu’en
Afrique, il y a près d’une quinzaine de foyers de guerre)
Ø
Parole
que vit Isaïe (Vision d’Isaïe) : en hébreu Davar, signifie à la fois événement
et Parole. La Parole, ce sont les événements relus dans la lumière de
Dieu et qui deviennent Parole. Et la Parole de Dieu elle-même, la Bible, ce
sont les événement de l’histoire du Peuple de Dieu, relus dans la lumière de
Dieu, et qui deviennent Parole de Dieu, Histoire sainte. Nous sommes de même
appelés à relire les événements de notre vie sous la lumière de Dieu afin
qu’ils deviennent aussi Histoire sainte, Parole de Dieu pour notre vie.
Une parole qui est en même temps,
promesse, vision d’avenir. Une parole qui dit ce que Dieu veut réaliser dans la suite des temps.
Une parole qui pose en même temps les conditions de la réalisation de cette
promesse : cette parole est une exigence pour le présent, afin que se
réalise la promesse.
Ø Au sujet de Juda et Jérusalem :
ce texte se situe
durant la période du schisme, où Israël était divisé en deux royaumes : le
Royaume du Nord, ou Juda, avec capitale Samarie, et le Royaume du Sud avec
capitale Jérusalem. Ce schisme a affaibli Israël, et de fait, 50 ans plus tard,
le Royaume du Nord s’écroulera, et encore 100 ans plus tard, le Royaume du Sud.
Jésus lui-même a dit que tout
royaume divisé ne tiendra pas, court à sa ruine. La division est à l’opposé de la paix, elle
provoque presque toujours les conflits, voire les guerres. La division en nous
mêmes, dans nos communautés, dans notre société est cause d’affaiblissement, et
risque de provoquer l’écroulement, la ruine.
Ø
« dans
les derniers temps » : iômîm : « Expression
stylisée pour indiquer une époque plus ou moins lointaine, parfois avec une
nuance eschatologique » (Bible
Osty) Ce n’est pas un
prolongement du présent, mais un avenir qui transcende le présent. Peut être le temps du passage du temps de
l’homme au temps de Dieu :
Eloi Leclerc , Sagesse d’un pauvre : « Il y a un temps pour tous les êtres. Mais ce temps n'est pas le même pour tous. Le temps des choses n'est pas celui des bêtes. Et celui des bêtes n'est pas celui des humains. Et par-dessus tout et différent de tout, il y a le temps de Dieu qui enferme tous les autres et les dépasse. Le cœur de Dieu ne bat pas au même rythme que le notre. Il a son mouvement propre (...) Il nous est très difficile d'entrer dans ce temps divin. Et cependant, là seulement nous pouvons trouver la paix. » (p. 65-66)
Entrer dans le
temps de Dieu pour trouver la paix !
Ø
« La
montagne de la maison du Seigneur » : dans le langage biblique, la montagne
est le lieu où Dieu se révèle, le lieu de la révélation de Dieu : Le Mont Sinaï, où ont été données les tables
de la loi, les 10 commandements ;
la révélation de Dieu à Elie au Mont Horeb (= le Mont Sinaï), le Sermon
sur la montagne, la transfiguration sur le mont Thabor.
Traduit dans notre langage, cette montagne est le centre de
nous-même, le sommet de nous-mêmes, le lieu où Dieu réside et nous parle, un
lieu à l’abri de toutes les vagues et de toutes les tempêtes, un lieu à l’abri
du tumulte et de l’agitation de nos vies, le lieu du silence et de la paix.
Ø
« sera
établie, sera affermie » : le verbe utilisé renvoie à des textes de
création, c’est un langage de création : Dieu seul peut établir, affermir
ou déplacer les montages. Donc une intervention créatrice de Dieu qui ouvre
sur un autre temps.
Ø
« sera
établie en tête des montagnes ; s’élèvera au-dessus des collines. »
La montagne la plus haute est un très ancien thème mythique :
c’est l’endroit où la terre et le ciel se rejoignent, le lieu de la rencontre
de Dieu avec l’être humain. Ce lieu est à l’intérieur de mon cœur, c’est le
sommet de ma personne.
Est-ce que Dieu est bien en tête de
toutes mes priorités dans ma vie ? Est-ce qu’il est bien premier dans ma vie,
au-dessus de tous ? Est-ce que ma vie s’organise autour de Dieu, ou est-ce
que j’essaie de placer Dieu autour des éléments de ma vie ? « Messire
Dieu premier servi » (Jeanne
d’Arc)
Pour faire le lien avec le christianisme, Jésus
est celui où la terre et le ciel se rejoignent, le lieu de la rencontre entre
Dieu et l’homme : à la fois Dieu et homme, il fait le pont entre les deux
mondes.
Ø
v.
2-3 : « Venez, montons à la montagne du Seigneur… » Comme une procession, un
pèlerinage de tous les humains vers le sommet de la montagne de Dieu. = un chemin de montée de l’être humain vers
Dieu. Cf. St Jean de la Croix :
la montée du Mont Carmel. Ce mystique présente la vie spirituelle comme une
montée vers Dieu.
Ø v. 3b : changement de sujet : après l’action de l’homme,
c’est ici l’action de Dieu. Il y a l’amorce d’un chemin de descente de Dieu
vers l’homme. « qu’il nous enseigne, de Sion vient la loi, de
Jérusalem la Parole du Seigneur, il jugera… »
Il y a comme 2 chemins qui se
rencontrent : le
chemin de l’homme vers Dieu et le chemin de Dieu vers l’homme.
Ø « Ils
briseront leurs épées pour en faire des socs, et leur lances pour en faire des
serpes. » Autrement dit, la paix se fera par la transformation des
instruments de guerre en instruments agricoles, la transformation des
instruments de mort en instruments de vie.
Ø
L’aapproche
d’Isaïe est très intéressante : il ne s’agit pas de détruire les
instruments de guerre, mais de les réutiliser en les reconvertissant en
instruments pour la vie (agriculture). Si l’on prend l’image du mur qui
enferme, emprisonne : il s’agit de prendre les pierres du mur pour
en faire des ponts, des routes, des passages.
Cette approche de reconversion est très intéressante. C’est du reste l’approche que fait Aristote de la personne humaine, approche qui sera reprise par St Thomas d’Aquin : nos passions, colère, agressivité, instincts, pulsions sexuelles, ne sont pas à éliminer : ce sont des forces vitales qui ont été prévues pour la survie de l’être humain. Il nous revient de les orienter vers la vie et non pas vers la mort ; en faire des forces de vie au lieu des forces de mort. Ne pas chercher à supprimer, mais réorienter toutes ces forces que nous avons parfois de la peine à maîtriser. Les réorienter dans le sens de la paix, de la justice et de l’amour.
Quels sont dans ma vie, dans mon être ces
instruments de guerre à transformer en instruments de vie ? Le texte parle
bien de transformation, et non pas d’élimination. Il y a en moi, en chacun de
nos, des énergies très fortes, agressives, parfois même violentes, qu’on
appelle passions. Ces énergies, qui se traduisent par de la violence, de
l’agressivité, ou même de la colère, je ne dois pas les supprimer. Il nous est
donné de les orienter soit vers la vie, soit vers la mort ; apprenons à
les orienter vers la vie. Il s’agit d’apprivoiser ces passions, ces énergies
qui peuvent être des forces de mort, de division, pour les transformer en
forces de vie, en forces de paix. Donc non pas élimination, destruction,
mais apprivoisement, transformation.
Le souffle de l’Esprit vient convertir en nous la violence de haine en violence d’amour. « L’énergie même de la violence est toujours présente (mais) métamorphosée, convertie, afin de participer à l’éternel combat du Bien et du Mal. Toute notre intelligence, notre sensibilité doivent se mobiliser pour transformer notre violence brute en force pacifiée» (J. Arènes, Dépasser sa violence, p. 39) Les psychanalystes parleraient d’une sublimation de la violence en violence d’amour.
- « On ne lèvera plus l’épée nation
contre nation » : fait écho à s’élèvera :
la guerre est remplacée par la paix universelle. Cette paix est la conséquence
de l’élèvement de la montagne du Seigneur (s’élèvera), et du
chemin de montée de l’homme. La paix vient lorsque Dieu est mis à sa juste
place, lorsqu’il est honoré, élevé comme il se doit. Et lorsque l’homme emprunte ce chemin de montée vers Dieu, chemin
qui doit se réaliser à l’intérieur de son cœur : nous sommes appelés à
cheminer pour rejoindre de centre de nous-même, ce lieu où Dieu réside et nous
parle.
- « On n’enseignera plus à faire la
guerre » : conséquence de Dieu qui nous enseigne
ses chemins. D’un côté, on enseigne à faire la guerre, et de l’autre Dieu
nous enseigne ses chemins. Nous avons dans notre pays et dans pratiquement tous
les pays une école de recrue, une école où l’on apprend à faire la guerre, où
l’on apprend à tuer. Mais on n’a pas vraiment d’école pour apprendre à faire la
paix, pour apprendre à vivre en paix entre frères et sœur, entres cultures
différentes, entre races différentes, entre religions différentes. La paix
vient lorsque l’on cesse d’apprendre à faire la guerre, et que l’on apprend à
faire la paix.
Ø
« Allons,
maison de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur » : une Parole, Promesse d’avenir qui donne une
exigence pour le présent, qui doit transformer le présent. Le peuple est appelé
à entreprendre cette marche vers la montagne du Seigneur, ce chemin au-dedans
de lui-même ce lieu où Dieu réside, ce lieu du silence et de la paix. Un
cheminement qui doit se faire dans la lumière du Seigneur. Et plus nous
arriverons à rejoindre ce lieu du silence et de la paix, plus nous serons
source de lumière et de paix pour les autres.
Ø
« Certains
auteurs de la sagesse juive mettent en valeur la dimension de réparation
(tiqoun) de tout acte : un acte juste ne concerne pas seulement celui qui
l’a accompli, mais il a une portée universelle. Il répare la création
abîmée. » (J. Arènes, La Vie N° 2912, p. 53) Un peu
comme dans la théorie du Chaos : Un battement d’ailes de papillon à
Singapour provoquerait à terme un cyclone aux Antilles. Ceci est d’autant plus
vrai pour nous chrétiens : un battement d’ailes dans le domaine de la paix
peut avoir une immense portée sur la paix universelle. Je crois que chaque
pardon, chaque réconciliation, chaque geste en faveur de la paix a une
influence sur la société entière.
« Il
faut mener la guerre la plus dure contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer.
J’ai
mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais, maintenant, je suis désarmé.
Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.
Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres.
Je ne
suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
J’accueille
et je partage.
Je ne
tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets (…).
J’ai
renoncé au comparatif.
Ce qui
est bon, vrai, réel est toujours pour moi le meilleur.
C’est
pourquoi je n’ai plus peur.
Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.
Si l’on
se désarme, si l’on se dépossède,
si l’on
s’ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles,
alors,
Lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est
possible. »
Ø
La
paix ne peut advenir que lorsque je me désarme. Lorsque je n’ai plus peur.
Lorsque je n’ai plus rien à défendre. Lorsque nous avons peur, nous cherchons à
nous défendre, et nous sortons toujours des armes plus ou moins
agressives.
Ø
Joan Chittister : « La paix vient quand nous mettons un terme à la
guerre qui se déroule en nous. Mais la guerre qui nous dévore intérieurement
est toujours un prélude à la guerre que nous allons porter à l’extérieur. Toute
guerre commence à l’intérieur de nos cœurs »
Ø
La
paix commence en nous-mêmes.
L’ennemi que nous combattons est en nous-mêmes. L’ennemi que nous
combattons au dehors n’est qu’une projection de notre ennemi intérieur.
Ø
Mais,
selon le texte d’Isaïe, il ne s’agit pas de détruire ou d’éliminer les forces
vives qui sont en nous (passions, vivacité, pulsions), mais de les transformer.
Transformer ces énergies qui sont en nous, et qui peuvent être destructrices,
des énergies de guerre, en dynamisme de paix.
Maret Michel,
Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges
1. Je peux méditer sur la parole d’Éloi Leclerc, Le temps de l’homme et
le temps de Dieu.
2. « La montagne de la maison
du Seigneur » :
Quel est, quel pourrait-être pour moi la « montagne de la maison du
Seigneur », le lieu de la rencontre entre moi-même et Dieu, le lieu où je
peux accueillir la voix et les « voies » du Seigneur, le lieu où
germe en moi la paix ?
Comment, dans ma vie, je peux mieux cheminer vers cette montagne, vers
ce lieu où Dieu me parle ?
3. « La montagne de la maison
du Seigneur sera établie en tête des montagnes ; s’élèvera
au-dessus des collines. »
Est-ce que Dieu est bien en tête de toutes mes priorités dans ma
vie ?
Est-ce qu’il est bien premier dans ma vie, au-dessus de tous ?
Est-ce que ma vie s’organise autour de Dieu, ou est-ce que j’essaie de
placer Dieu autour des éléments de ma vie ?
4. Quels sont ces lieux, dans mon
existence, qui sont plus ou moins en état de « guerre », de
dévastation, ou qui sont des lieux de mort, et qui auraient besoin d’être
transformés en lieux de vie ?
5. Quels sont les peurs qui m’habitent,
et qui font que je me construis des murs, que je prends des défenses. Quels
sont ces murs, ces défenses ?
6. Quels sont ces « instruments de
guerre », ces parties de moi-même agressives, non pacifiées, qui font
obstacle à la paix, et qui pourraient être transformés en instruments de paix,
en dynamisme de vie ?
7.
Le souffle de l’Esprit vient convertir en nous la
violence de haine en violence d’amour. « L’énergie même de la violence
est toujours présente, métamorphosée,
convertie, afin de participer à l’éternel combat du Bien et du Mal. Toute notre
intelligence, notre sensibilité doivent se mobiliser pour transformer notre
violence brute en force pacifiée» (J. Arènes,
Dépasser sa violence , p. 39)
Je peux présenter à Dieu mes violences, mes agressivités, mes colères,
mes haines, pour qu’il les transforme en violence d’amour.
8. Je peux méditer le texte d’Athénagoras en me l’appropriant.