Ø
Il y a
un lien entre non respect du jardin de la création et du non-respect de notre
jardin intérieur : la crise écologique n’est pas d’abord d’ordre matériel,
mais d’ordre moral et spirituel
Ø
P. Stutz : « Chaque jour, 100 espèces d’animaux et
de plantes sont éliminées ; 20'000 hectares de désert sont produits ;
86 millions de tonnes de sol fertile sont détruites ; 100 millions de
tonnes de gaz à effet de serre sont répandues. » (S’épanouir au
rythme des saisons, Editions St Augustin, St Maurice 2005, p. 34)
Ø
Il y a
aujourd’hui une quasi unanimité des scientifiques à la fois sur la gravité
et l’urgence de la situation. Selon le lama Denys Teundroup, « l’écosystème planétaire est entré
dans une phase terminale. » (in Choisir, janvier 2005, p. 21)
Michel-Maxime Egger : « Non seulement la
terre est menacée, mais avec elle, c’est la survie même de l’humanité qui est
en péril. » (Vers une "écospiritualité", In Choisir,
janvier 2005, p. 21)
Ø
Dans
un texte pour la journée mondiale de la paix en 1990, Jean-Paul II montre en particulier 2 choses : que
le problème écologique a un lien avec la paix dans le monde, car
l’exploitation désordonnée des ressources est la cause de multiples conflits
armés dans le monde. Et d’autre part, que le problème écologique, avant d’être
d’ordre matériel, technologique ou économique, est en premier lieu d’ordre
moral, d’ordre spirituel. Jean-Paul II souligne le « lien entre
l’agir de l’homme et l’intégrité de la création. Lorsqu’il s’écarte
du dessein de Dieu créateur, l’homme provoque un désordre qui se répercute
inévitablement sur le reste de la création. Si l’homme n’est pas en paix avec
Dieu, la Terre elle-même n’est pas en paix. » (La paix avec Dieu
créateur, la Paix avec toute la création, in Documentation catholique, 7.1.1990,
p. 9-10)
Ø
Jean-Paul II fait remonter le problème écologique bien en-deçà de la période
industrielle : il le fait remonter à la faute originelle telle que
décrite dans le livre de la Genèse : « Faits à l’image et à la
ressemblance de Dieu, Adam et Ève devaient soumettre la terre (cf. Gn 1, 28)
avec sagesse et avec amour. Cependant, par leur péché, ils détruisirent
l’harmonie existante, s’opposant délibérément au dessein du Créateur. »
(op. cit., p. 9)
Le péché d’Adam et Ève est venu insérer une
disharmonie entre Dieu et l’homme, mais aussi entre la terre et l’homme :
Le péché a vicié les rapports entre la terre et l’homme, et cette terre n’est
plus pour lui un paradis. « Le péché a entraîné pour la terre une
véritable malédiction qui lui fait produire "ronces et épines" »
(VTB 1288) « Maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peine
tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines
et chardons. » (Gn 3, 17-18)
Donc, la rupture, la dysharmonie entre l’être
humain et Dieu, se traduit par une rupture, une dysharmonie entre la terre et
l’homme.
Ø Cinq auteurs, du monde orthodoxe, juif et musulman, ainsi qu’une psychanalyste et une exégète, vont dans le même sens que Jean-Paul II :
- Le théologien orthodoxe Jean Zizioulas : « La
crise écologique est la crise d’une culture qui a perdu le sens de la sacralité
du cosmos, parce qu’elle a perdu sa relation à Dieu. » (in Choisir,
janvier 2005, p. 21-22)
- Le philosophe musulman Mohammed Taleb : « Le
problème n’est pas ce que l’homme fait à la nature, mais, plus fondamentalement, la réification de
l’être humain et de la nature. » (in Choisir, janvier 2005, p. 22)
- L’agrobiologiste Pierre Rabhi va dans
le même sens : « La crise écologique n’est pas au-dehors, mais
au-dedans de nous. » (In Choisir, janvier 2005, p. 22)
- Michel-Maxime Egger,
diacre orthodoxe, dans un article intitulé : Vers
une "écospiritualité", fait bien ressortir ce problème : « L’homme
cesse de se voir comme partie d’un tout, en relation organique avec la création
et ce qui l’habite ; il ce centre sur lui-même, se prend pour le nombril
du monde, "s’autodéifie". D’autre part, il considère la création non
pas comme un tout, obéissant à un ordre et à une harmonie voulus par Dieu, mais
comme une somme d’éléments dont il se veut "maître et possesseur"
(Descartes) pour la satisfaction de ses désirs et besoins individuels. »
(In Choisir, janvier 2005, p. 22)
- Selon la psychanalyste Marie Romanens, les désordres
écologiques extérieurs ne sont que la manifestation de nos désordres intérieurs,
de nos divisions intérieures : « Les déséquilibres et dysharmonies
extérieurs avec la nature et les autres, les blessures que je leur inflige,
sont les reflets et les manifestations de mes déséquilibres, dysharmonies et
blessures les plus intimes. » (Citée In Choisir, janvier 2005, p.
22) Donc, la crise écologique est bien
au-dedans de nous, et non pas au-dehors.
- Selon l’exégète Annick de Souzenelle, les 10 plaies d’Égypte, décrites
dans le livre de l’Exode, ne sont pas des plaies envoyées par Dieu, mais la
conséquence, la manifestation des dysfonctionnements dans le comportement des
êtres humains.
Ø
Pour
revenir à Jean-Paul II, celui-ci affirme
que « la société actuelle ne trouvera pas de solution au problème
écologique si elle ne révise pas sérieusement son style de vie. En
beaucoup d’endroits du monde, elle est
portée à l’hédonisme et à la consommation, et elle reste indifférente
aux dommages qui en découlent. Comme je l’ai déjà fait observer, la gravité de
la situation écologique révèle la profondeur de la crise morale de l’homme. Si
le sens de la valeur de la personne et de la vie humaine fait défaut, on se
désintéresse aussi d’autrui et de la terre. L’austérité, la tempérance, la
discipline et l’esprit de sacrifice doivent marquer la vie de chaque jour, afin
que tous ne soient pas contraints de
subir les conséquences négatives de l’incurie d’un petit nombre. L’éducation
à la responsabilité écologique est donc nécessaire et urgente :
responsabilité envers soi-même, responsabilité à l’égard des autres,
responsabilité à l’égard de l’environnement. (…) La véritable éducation à la
responsabilité suppose une conversion authentique dans la façon de penser et
dans le comportement. » (op. cit. p.11-12)
Ø
Comme conclusion
de son message, Jean-Paul II rappelle
« l’obligation grave de prendre soin de toute la création. L’engagement
du croyant en faveur d’un environnement sain découle directement de sa foi en
Dieu Créateur, de la considération des effets du péché originel et des péchés
personnels, et de la certitude d’être racheté par le Christ. Le respect pour la
vie et pour la dignité de la personne humaine comprend aussi le respect et le
soin du créé qui est appelé à se joindre à l’homme pour rendre gloire à Dieu. »
(op. cit., p. 12)
Ø
Un
deuxième document important : la Déclaration
de Venise, Déclaration commune de Jean-Paul II et du Patriarche
œcuménique Bartholomeos Ier du 10 juin 2002. Ce document fait aussi référence au dessein de Dieu originel, et
la perturbation qu’est venu apporter le péché sur la création :
Ø
« Dieu
tout-puissant a envisagé un monde de beauté et d’harmonie, et il l’a créé en
faisant de chacune de ses parties une expression de sa liberté, de sa sagesse
et de son amour (cf. Gn 1, 1-25) … Au début de l’histoire, l’homme et la femme
ont péché en désobéissant à Dieu et en rejetant son dessein de création. Parmi
les conséquences de ce premier péché figure la destruction de l’harmonie
originale de la création. » (in Documentation catholique, 20.10.2002,
p. 868)
Ø
Selon
cette Déclaration, « le respect pour la création découle du respect
pour la vie et la dignité humaines. »
Ø
Cette
Déclaration appelle à « une conscience de l’écologie, qui n’est
autre que la responsabilité envers soi-même, envers les autres, et envers la
création. Ce qui est exigé est un acte de repentir de notre part et une
tentative renouvelée de nous considérer nous-mêmes, les uns les autres, et le
monde qui nous entoure dans la perspective du dessein divin de la création. Le
problème n’est pas seulement économique et technologique, il est également
moral et spirituel. Une solution au niveau économique et technologique ne
peut être trouvée que si nous entreprenons, de la façon la plus radicale
possible, une conversion intérieure du cœur, qui puisse conduire à un
changement du mode de vie et à une modification des schémas inacceptables de
consommation et de production. Une conversion authentique dans le Christ
nous permettra de changer notre façon de penser et d’agir. » (op. cit., p. 868-869. C’est moi qui souligne)
Ø
Cf.
Science et vie décembre 2003 : La menace climatique ; p.
89ss : Calculez votre impact sur le climat = Quel est votre rapport
à l’environnement, et quelle influence a votre comportement sur les problèmes
écologiques ?
Maret Michel, Communauté du Cénacle
au Pré-de-Sauges