
La fête célébrée en ce dimanche, en introduction
de la semaine sainte, a une double face : glorieuse, et douloureuse. C'est
pourquoi elle a un double nom : Dimanche des Rameaux et de la Passion du
Christ. Parce que la face glorieuse annonce déjà celle douloureuse. Mais la
douloureuse sera avec la promesse de la résurrection.
Aujourd’hui, Jésus avance sur
des branches de palmier ; demain, il marchera vers le
Golgotha,
chargé de sa croix.
Aujourd’hui, on lui jette des
branches pour le bénir ; demain, on lui jettera des pierres.
Aujourd’hui,
il est acclamé par les foules ; demain il sera condamné par ces mêmes
foules.
Aujourd’hui,
on crie : « Hosanna au fils de David ! » ;
demain, on criera : « A mort ! Crucifie-le ! »
Les mains
qui aujourd’hui bénissent les enfants des hommes seront demain cloués sur la
croix.
Aujourd’hui, le Christ est
monté sur un ânon ; demain, il sera élevé sur la croix.
Aujourd’hui, il est
acclamé comme roi ; demain, il sera couronné d’épines, et crucifié
pour s’être
proclamé le roi des Juifs.
La gloire humaine se retourne vite. Jésus n’a pas voulu d’une gloire
humaine, d’un royaume terrestre, à l’image des grands de ce monde. Jésus dira
devant Pilate :
« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de
ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux juifs.
Mais mon Royaume n’est pas d’ici. » (Jn 18, 36)
Son royaume est un royaume de Justice de paix, d’amour, qui se déploie
dans l’humilité :
« Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en
maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas être
ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous
sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier sera votre esclave. C’est
ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir
et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 25-28)
A plusieurs reprises dans son ministère, Jésus s’est échappé quand on voulait
le prendre pour le faire roi. La seule fois où il se proclamera lui-même comme
roi, c’est devant Pilate, lorsque toute ambiguïté sera écartée.
Jésus entre à
Jérusalem sur un ânon, ce que certains ont pu considérer comme ridicule :
« Voici ton Roi qui vient à toi ; il est humble, il monte sur
une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme. »
(Jn 21, 5 // Za 9, 9)
Une hymne que nous chantons lors de cette fête
exprime cette royauté d’humilité dont Jésus est porteur :
Ton
Royaume n’est pas de ce monde, Tu es le Roi, mais aussi le serviteur,
Tu es
l’Agneau et le Pasteur, Qui donne sa vie pour ses brebis.
Ta force
se déploie dans la faiblesse, Ta grandeur dans les tout-petits.
Ta sagesse est folie aux yeux du monde, Tu
abaisses les puissants et élève les humbles.
Toi le
Seigneur et Maître de tout, Ta royauté est de servir les hommes,
Et ta grandeur de t’abaisser, Ta Croix est ton trône de gloire.
En entrant à Jérusalem, Jésus
ne s’y trompe pas ; il connaît le terrible sort l’attend : il sait
qu’il y sera mis à mort, dans d’atroces souffrances. Par trois fois, il avait
annoncé sa Passion et sa mort, en lien avec la montée vers Jérusalem. Une fois
entré dans la ville sainte, rien n’arrêtera plus le terrible rouage qui le conduira
jusqu’au tombeau.
Mais Jésus ne subit pas l’effroyable destin qui
l’attend ; il y marche
librement : « Je suis le bon pasteur ; le bon pasteur
donne sa vie pour ses brebis. (…) Ma vie, personne ne me l’enlève, mais je la
donne de moi-même. » (Jn 10, 11-18) Il ira jusqu’au bout de la
mission que le Père lui a confié ; jusqu’au bout de sa passion, de son
amour pour les hommes.
Notre vie nous fait aussi passer par des croix, des passions, des chemins d’humiliation et
de souffrance. Comme le Christ, nous pouvons poser un acte de liberté face à ce
qui nous est imposé par la vie, par les événements, par les personnes, faire
par la foi de ce chemin de croix un chemin de transfiguration, de résurrection.
Ceci est bien exprimé par Jaques
Philippe :
« Par
le consentement libre, la vie prise devient une vie donnée. (…)
Notre liberté a toujours ce merveilleux pouvoir : faire de ce qui nous
est pris (par la vie, les événements, les autres…) quelque chose qui est
offert. (…) Par notre liberté, il n’est aucun événement de notre vie, quel
qu’il soit, qui ne puisse recevoir une signification positive, être
l’expression d’un amour, devenir abandon, confiance, espérance, offrande… Les
actes les plus importants, les plus féconds de notre liberté ne sont pas tant
ceux par lesquels nous transformons le monde extérieur que ceux par
lesquels nous modifions notre propre
attitude intérieure, pour donner un sens positif à quelque chose, en nous
appuyant en ultime instance sur la ressource de la foi, selon laquelle nous
savons que de tout sans exception Dieu peut tirer un bien. » (La
liberté intérieure, p. 57-58)
Nous
pouvons consentir à notre vie et à ses aspects douloureux dans une vision de
foi, d’espérance, dans le sens de ce que disait St Paul en Rm
8, 28 : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » Rm 12, 21: « Ne te laisse pas
vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. »
J. Philippe : « C’est une vérité absolument fondamentale : Dieu
est capable de tirer profit de tout, du bien comme du mal, du positif comme du
négatif. C’est en cela qu’il est Dieu, et qu’il est le "Père
tout-puissant" que nous confessons dans le Credo. » (La liberté, p. 44)
Nous
pouvons unir nos souffrances et nos épreuves à la Pâque du Christ pour qu’il en
fasse un chemin de résurrection.