01
« Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle
que je vous ai annoncée ; cet Evangile, vous l'avez reçu, et vous
y restez attachés, vous serez sauvés par
lui si vous le gardez tel que je vous l'ai annoncé ; autrement, c'est
pour rien que vous êtes devenus croyants.
03 Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même
reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures,
et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le
troisième jour conformément aux Écritures, et
il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq
cents frères à la fois - la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont
morts - ensuite il est apparu à Jacques, puis
à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu,
il est même apparu à l'avorton que je suis.
11 Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre
message, et voilà votre foi.
12 Nous proclamons que le Christ est ressuscité d'entre
les morts ; alors, comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y
a pas de résurrection des morts ? Mais,
s'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ, lui non plus, n'est
pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre message
est sans objet, et votre foi est sans objet ; nous
voilà reconnus comme de faux témoins de Dieu, pour avoir témoigné en
contradiction avec Dieu en disant qu'il a ressuscité le Christ, alors
qu'il ne l'a pas ressuscité s'il est vrai que les morts ne ressuscitent
pas.
16 Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus
n'est pas ressuscité. Et si le Christ
n'est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n'êtes pas libérés
de vos péchés ; et puis, ceux qui sont morts
dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis
notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à
plaindre de tous les hommes.
20 Mais non ! le Christ est ressuscité d'entre les morts,
pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c'est par un homme
aussi que vient la résurrection. En
effet, c'est en Adam que
meurent tous les hommes ; c'est dans le Christ
que tous revivront, mais chacun à son rang :
en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu'il
reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le
Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes
les puissances du mal. C'est lui en effet qui
doit régner jusqu'au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis.
Et le dernier ennemi qu'il détruira, c'est la mort, car il a tout mis
sous ses pieds. Mais quand il dira : « Tout est soumis désormais », c'est
évidemment à l'exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se
mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi,
Dieu sera tout en tous.
29 Autrement, que pourraient obtenir ceux qui se font baptiser
pour les morts ? Si vraiment les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se
faire baptiser pour eux ? Et pourquoi nous
aussi courons-nous des dangers à chaque instant ? Chaque jour ma mort est là, aussi vrai que vous, frères,
vous êtes mon orgueil dans le Christ Jésus notre Seigneur. S'il n'y avait eu que de l'humain dans mon combat contre
les bêtes à Éphèse, à quoi cela m'aurait-il servi ? Si les morts ne ressuscitent
pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons.
35 L'un de vous peut demander : « Comment les morts ressuscitent-ils
? avec quelle sorte de corps reviennent-ils ? » - Réfléchis donc ! Quand tu sèmes une graine, elle ne
peut pas donner vie sans mourir d'abord ; et
tu ne sèmes pas le corps de la plante qui va pousser, tu sèmes une graine toute
nue : du blé ou autre chose. Et Dieu lui donne
un corps comme il le veut : à chaque semence un corps particulier.
40 Il y a des corps célestes et des corps terrestres,
mais autre est l'éclat des célestes, autre celui des terrestres ; il y a l'éclat du
soleil, celui de la lune, celui des étoiles ; et les étoiles ont les unes et
les autres un éclat différent.
42 Il en sera de même quand les morts ressusciteront.
Ce qui est semé dans la terre est périssable, ce qui ressuscite est impérissable
;
43 ce qui est semé n'a plus de valeur, ce qui ressuscite
est plein de gloire ;
ce qui est semé est faible,
ce qui ressuscite est puissant ;
ce qui est semé est un corps
humain, ce qui ressuscite est un corps spirituel ; puisqu'il
existe un corps humain, il existe aussi un corps spirituel.
45 L'Écriture dit : Le premier
Adam était un être
humain qui avait reçu la vie ; le dernier
Adam - le Christ - est devenu l'être spirituel qui donne la vie.
Ce qui est apparu d'abord, ce n'est pas l'être
spirituel, c'est l'être humain, et ensuite seulement, le spirituel.
47
Pétri de terre, le premier homme vient de la terre
; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Puisque
Adam est pétri de terre,
comme lui les hommes appartiennent à la terre ; puisque le Christ est venu du ciel, comme
lui les hommes appartiennent au ciel.
49 Et de même que nous sommes à l'image de celui qui est pétri de terre, de même nous serons à l'image de celui qui vient du ciel. »
Ø Corinthe était
une communauté chrétienne que Paul avait lui-même fondée vers les années 50-52.
Au début de l’année 56, des nouvelles font écho de l’état alarmant de la
communauté : divisions, rivalités, cas d’inceste, procès que se faisaient
les chrétiens, désordre dans les assemblées liturgiques, erreurs doctrinales,
principalement concernant la résurrection des morts. Le but de la lettre est
de rétablir la paix dans la communauté, de remédier aux abus, de
corriger les erreurs doctrinales.
Ø
Un
autre problème majeur :
l’enracinement du message chrétien dans une culture grecque fondamentalement
différente de la culture judéo-palestinienne dans laquelle le christianisme
était né : le risque était celui
d’une assimilation, la culture grecque foncièrement païenne ne retenant que ce
qui est en harmonie avec elle, et rejetant le reste. Paul « voit le
danger d’une réduction de la foi chrétienne à une sagesse philosophique
humaine. » (TOB, p. 497) C’est précisément le cas dans la question de
la résurrection des morts que l’on va traiter ici.
Ø V. 1-3. Trois
verbes importants, tirés de la tradition rabbinique, donnent une force
à ce passage : recevoir (2
fois, v.1.3), garder (ou rester attaché, v. 2 = sens fort),
transmettre (v. 3). En plus, il y a les termes Évangile, et évangéliser
qui se retrouvent 3 fois dans les 2 premiers versets (dans le texte grec).
Ø Paul va partir du consensus fondamental
entre lui et les Corinthiens : L’Évangile qu’il leur a annoncé. Paul reprend
donc une ancienne profession de foi : « Je vous ai donc transmis
en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est
mort pour nous, selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est
ressuscité des morts le troisième jour, selon les Écritures. » (15,
3-4) Paul exprime ce qu’on appelle le Kérygme, le cœur, le noyau de la foi.
Mais aussi, il dit qu’il
leur a transmis ce qu’il a lui-même reçu. Selon Bultmann, Paul aurait reçu cette profession de foi lors de
son baptême, ce qui la fait remonter à 3 ans après la mort de Jésus. On dit
que c’est le plus ancien noyau de foi de tout le NT.
Ø
Un
nombre important de textes utilisent la mention du troisième jour. Le plus connu, utilisé par la
liturgie, Os 6, 1-6 : « Venez, revenons au Seigneur, car lui qui
nous a déchirés, nous guérira ; lui qui a frappé, pansera nos plaies.
Après deux jours, il nous rendra la vie ; au troisième jour, il
nous relèvera. » La traduction grecque de la Bible, la Septante, a
traduit : « Au troisième jour, nous serons ressuscités. » Le
troisième jour n’est pas seulement une date, mais un symbole : le
premier jour est celui de la création, le deuxième, celui de la décréation, et
le troisième celui de la recréation (cf. Cahier
d’Évangile 47, p. 45)
Ø
La
mention des témoins de la résurrection est importante : ceux-ci sont encore vivants et ils
peuvent témoigner de ce qu’ils ont eux-mêmes vu. La foi en la résurrection est
donc solidement établie. Aux v. 14-15 Paul dira encore : « Il se
trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, puisque nous avons attesté
contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité,
s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. »
Ø
La
résurrection, c’est le cœur de la foi chrétienne, d’où l’importance de Pâques. St
Athanase disait que « le Christ fait de notre vie une Pâques
continuelle. »
Ø
La Pâque, ce
n’est pas un jour dans l’année, ni même le temps pascal. « Tout le culte chrétien n’est qu’une
célébration continue de la Pâque (…) Chaque messe célébrée, c’est la Pâque qui
se prolonge ». Plus encore,
toute notre vie est appelée à entrer dans la Pâque de Jésus, est appelée à
devenir une Pâque. M. Zundel
disait que nous avons à devenir Alléluia des pieds à la tête.
Encore selon Zundel, nous
devons devenir la vie éternelle. C’est cela notre chemin
pascal : devenir la Vie éternelle, devenir des vivants, qui témoignent par
leur manière d’être de la réalité de la résurrection du Christ. C’est ce que
j’appelle la pascalisation de notre vie.
Ø
15,
13-14.16 :
« S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est
pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide est alors notre
message, vide aussi votre foi. (…) Car si les morts ne ressuscitent pas, le
Christ non plus n’est pas ressuscité. » Si la résurrection des morts
est impossible, celle du Christ l’est aussi. Mais aussi, la résurrection du
Christ est prémices de la nôtre, elle l’annonce.
Ø 15, 17 : « Et si le Christ n’est pas
ressuscité, vaine est votre foi. » La Résurrection du Christ est le
cœur de notre foi, et tous les autres aspects de notre foi n’ont de sens
que par rapport à elle. Si la Résurrection n’existe pas, tout le reste s’effondre[MM1].
Ø 15, 17 : « Et si le Christ n’est pas
ressuscité, vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. »
On voit ici le lien entre la résurrection et le péché : Pour
Paul, ce qui détruit le péché est la résurrection du Christ, qui doit être
source d’une vie nouvelle[MM2]. Si je participe à la vie du ressuscité, je ne peux plus vivre
dans le péché.
Ø
15,
20 : « Mais
non, le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se
sont endormis. » Cahier d’Évangile
66 : « A la Pâque, la communauté offrait une gerbe composée
des meilleurs épis mûrs de l’année, et à la Pentecôte, deux pains cuits avec du
levain (Lev 23, 9-14 ; 23, 15-21). Face à la moisson de la mort, Christ
devenait ainsi prémices de la moisson de vie. Pour qui vivait ce rythme
cultuel, le terme de prémices signifiait que la moisson était déjà
commencée : le premier épi garantissait une récolte abondante. Plus, il y
a dans le mot de prémices une idée de causalité. Christ n’est pas seulement
mort ressuscité, il est le ressuscité d’entre les morts qui cause la
résurrection des morts. » (p. 49)
Ø
Ce
qui est arrivé au Christ arrivera aussi aux croyants : il est le chef de file de
l’humanité ressuscitée, prémices, annonce de tous ceux qui mouront.
Ø
Il y a
dans cette image des prémices une symbolique agricole, une symbolique
des moissons qu’on retrouvera aux v. 35ss.
Ø Qu’est-ce qui dans ma vie est prémices
de la résurrection : autrement dit, des événements qui sont des signes ou
amorces de résurrection, des événements de passage (Pâques), qui anticipent,
qui sont prémices de ce que Dieu veut réaliser dans ma vie, annonce de
cette transformation créatrice ?
Ø Les v. 22ss
font le lien entre Adam et le Christ. Si Adam est principe de mort pour
toute l’humanité, le Christ, nouvel Adam, est principe de résurrection pour
tous.
Ø Puisque
Jésus-Christ est le Nouvel Adam qui rassemble en sa personne toute
l'humanité, toute l'humanité passe
avec lui de la mort à la vie. L’humanité toute entière est appelée à entrer
dans ce grand Passage, est appelée à une vie nouvelle.
Ø
Jésus est la Tête
du Corps qu’est l’Église (Col
1, 18). Si la tête est déjà passée, le reste du corps est appelée à suivre, à
ressusciter, comme pour un accouchement. L’humanité est dans ce long enfantement à la Vie éternelle,
passage de la mort à la vie.
Ø
On retrouvera ce lien entre le premier Adam et
le nouvel Adam en 15, 46-47 : « Le premier homme, Adam,
a été fait âme vivante ; le dernier Adam, esprit vivifiant. (…) Le premier
homme, issu du sol, est terrestre, le second, lui vient du ciel. »
Ø
15,
31 : « Chaque jour, je suis exposé à la mort, aussi vrai, frères,
que vous êtes pour moi un titre de gloire dans le Christ Jésus notre Seigneur. » 2 Co 4, 10-12 reprend cette idée
de façon plus développée : « Nous portons partout et toujours
dans notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus
soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. Quoique vivants, en effet, nous
sommes continuellement livrés à la mort, à cause de Jésus, pour que la vie de
Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre chair mortelle. »
Ø
Le
mystère pascal doit s’actualiser, s’accomplir en notre vie. Col 1, 24 : «En ce moment, je trouve ma joie dans les
souffrances que j’endure pour vous, et je complète ce qui manque aux épreuves
du Christ en ma chair, pour son Corps qui est l’Eglise. » Il n’y a pas
à courir après les souffrances, celles-ci viennent toutes seules, la vie se
charge de nous les donner (cf. 2 Ti 3, 12). Mais celles-ci étant, il nous
sommes invités à transformer le donné en don, comme le disait Zundel. En faire une union avec la
Pâque du Christ.
Ø
Aux
Corinthiens, de culture grecque et qui ne croyaient donc pas à la résurrection
de la chair, Paul utilise l’image du grain de blé qui, semé en terre, devient
une plante : 15, 35-42 :« Mais dira-t-on, comment les
morts ressuscitent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend
vie qu’à condition de mourir. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas la plante qui
doit naître (genèthai), mais un simple grain, soit de blé,
soit de quelque autre plante ; puis Dieu lui donne un corps à son gré et à
chaque semence de façon particulière. (…) Ainsi en va-t-il de la résurrection
des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans
l’incorruptibilité… »
Ø
Le
grain qui doit être jeté en terre et mourir pour former une plante et porter du
fruit est une image pascale. Jésus l’exprimera juste avant d’entrer dans le mystère
pascal : Jn 12, 23-25 :
« Voici l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. En vérité, en
vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il
demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Ø
Ce qui est intéressant dans les semences, c’est que
celles-ci ont un tégument (une enveloppe) souvent très dur. Pour percer
certaines graines, il faut les intempéries, le froid la neige, l’hiver. Et
peut-être qu’il en est de même dans notre vie.
Ø
Jésus
compare aussi le Royaume de Dieu à une graine de moutarde minuscule, qui doit
devenir une immense plante. On retrouve le même principe en arrière fond : quelque chose de
très petit, minuscule, qui donne quelque chose sans proportion avec la semence.
Une transformation comme miraculeuse entre deux.
Ø
Il y a
dans l’image de la semence qui donne une plante un élément de continuité,
et un de rupture, ce qui se retrouve aussi dans la résurrection de
l’être humain :
- continuité, parce que si l’on sème un
grain de blé, c’est bien une plante de blé qui pousse, et non de
moutarde ;
- rupture, parce qu’il n’y a aucune
ressemblance entre la graine et la plante qui va pousser : si l’on voyait
une graine que l’on ne connaît pas, on ne pourrait pas savoir quelle plante
elle va donner. Aucun lien apparemment entre une semence d’érable et l’arbre qu’elle
va devenir.
Ø Toute la partie des v. 42-49 est en
parallélismes antithétiques (oppositions) :
- semé dans
la corruption, ressuscite dans l’incorruptibilité
- semé dans l’ignominie,
ressuscite dans la gloire
- on est semé
corps psychique, on ressuscite corps spirituel
- le premier
homme, Adam, a été fait âme vivante, le dernier Adam, esprit
vivifiant
- le premier
homme issu du sol est terrestre, le second, lui, vient du ciel
- image du terrestre,
image du céleste
Ø V.
49 : image du terrestre, image du
céleste : . Le terme grec que l’on traduit usuellement par image
est celui de icôn. Dans l’hymne aux Colossiens, le Christ est l’icône
du Dieu invisible. Souvenons-nous que Dieu a créé l’être humain à son
image, l’homme est en quelque sorte icône de Dieu. Et l’expression est
encore plus forte si l’on se rappelle que les images étaient interdites dans
l’AT. L’être humain est la seule image autorisée, la seule authentique,
qui soit vraiment ressemblante.
Ø
Cahier d’Evangile 66 : « "Porter l’image
de" n’est pas seulement l’affirmation d’une ressemblance, mais le partage
du destin de celui dont on porte l’image. » (p. 56) Autrement dit,
si nous sommes icône du Christ, nous partageons par conséquent son destin,
c'est-à-dire à la fois l’abaissement et la glorification.
Ø
15,
55-57 :
« La mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta
victoire ? Où est-il, ô mort ton aiguillon ? (…) Mais grâces soient à
Dieu qui nous donne la victoire, par notre Seigneur Jésus-Christ. »
Ø Croire dans la puissance transformante de la Résurrection, c’est croire que le mal, la mort, n’auront pas le dernier mot, que la vie triomphera dans l’histoire des hommes, dans notre vie. C’est la certitude que Dieu vient rompre tout déterminisme ou fatalisme lié au passé, à l’hérédité, à l’histoire, aux multiples conditionnements que nous pouvons subir au cours de l’existence. Il n’y a plus de fatalité !
Ø Croire dans la
puissance transformante de la Résurrection, c’est croire que « tout
peut toujours être repris ; rien n’est jamais irrémédiable et fatal ;
tout, justement, peut être sauvé, il n’y a rien de définitif, tout peut
toujours recommencer. » (A.
Gesché, Dieu pour penser, I, Le Mal, p. 131[MM3])
Ø La résurrection
ne doit pas être pour nous qu’une belle notion théologique. Elle doit
s’incarner dans notre vie. Ceci est bien formulé par Louis Evely : « S’il n’y a pas
aujourd’hui dans le monde une puissance de résurrection, de libération que tu
constates, que tu éprouves, que tu exerces, tu n’as pas le droit de croire à
une résurrection. » (La prière d’un homme moderne, Seuil, 1969,
p. 87)
Ø La résurrection n’est pas seulement pour nous une réalité future, mais une réalité déjà présente. Il est vrai qu’elle n’est pas encore pleinement accomplie en chacun jusqu’au passage par la mort corporelle. Plusieurs textes du NT expriment le déjà de la résurrection ; entre autres :
Ø Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts ». Croire en Jésus, croire en Dieu, c’est accueillir en soi cette vie de ressuscité, cette vie qui ne passera pas.
Jn 5, 21 : « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a
la vie éternelle, il est passé de la mort à la vie ».
Jn 6,
54 : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la
vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour ». Ce verset exprime bien aussi le déjà et le
pas encore de la résurrection. La vie éternelle est déjà là, mais elle a
encore à s’accomplir.
Ø
Paul Beauchamp : « La
vraie mort n’est pas le terme de la vie, elle est ce qui, dès le début, empêche
de naître » (L’Un et l’Autre Testament, p. 199[MM4])
Ø
S. Paccot, Ose la vie nouvelle, p. 354 : « Chacun, chacune, va avoir dans l’aujourd’hui de sa
vie une forme de résurrection. La résurrection est essentiellement
renouvellement, passage de l’ancien au nouveau, de l’immobilisme au mouvement,
de l’oscillation à la certitude. Chacun, chacune, va vivre tout au long de son
existence différentes formes de résurrection, étape par étape. Chaque
fois que l’on quitte un chemin de mort pour un chemin de vie, on entre dans le
temps de la résurrection. Elle est partielle, mais bien réelle. C’est ainsi
que l’existence est une suite de Pâques où nous mourrons à ce qui nous empêche
de vivre pour naître à nouveau dans une forme de résurrection. Mais il semble
que la forme essentielle de résurrection va toucher la racine de l’être humain,
le cœur profond ; elle va se trouver dans le passage du cœur de pierre au cœur
nouveau
dont parle Ézéchiel ; car alors, tout est changé, le regard que l’on porte
sur soi, l’autre, Dieu, le cosmos. »
Ø M. Zundel : « Si l’immense majorité des hommes sont
des morts-vivants, s’ils sont morts avant de mourir, s’ils n’ont pas conquis la
mort, s’ils ne l’ont pas vaincue, c’est cela la grande tragédie, finalement,
c’est de ne pas avoir vaincu la mort durant la vie. L’immense majorité des
hommes sont des cadavres d’humanité, et le vrai problème – comme je ne cesse de
le dire – le vrai problème n’est pas de savoir si nous serons vivants après la
mort, mais si nous seront vivants avant la mort… avant la mort. (…) C’est
dans la mesure où l’on vaincra la mort durant la vie que l’on atteindra à un
sommet d’où l’on pourra entrevoir l’horizon de l’immortalité comme une réalité
intérieure à nous-même, car le véritable au-delà est un au-dedans… un au-dedans. » (2ème de 4 conférences données
au Cénacle de Genève, le 14.1.1962, p. 12)
1. Je peux rester sur les 4 termes
utilisés par Paul dans les v. 1-3 par rapport à l’Évangile qui annonce la mort et la résurrection du
Christ : recevoir, garder (ou retenir), transmettre, Évangile -
évangéliser. Que signifient-il concrètement dans ma vie ? Qu’ai-je à recevoir ; à garder ; à
transmettre ; à évangéliser ?
2.
Je
peux méditer sur mon rôle de témoin (martyrion) de la résurrection dans ce monde, par ma foi, mon
espérance, mais aussi par mes actes, ma charité.
Comment est-ce que je
vis le kérygme, le cœur de la foi, dans mon existence ?
Comment puis-je faire un peu plus de
ma vie une Pâque continuelle ?
3.
Qu’est-ce
qui dans ma vie est prémices de la résurrection : autrement dit, des amorces de
résurrections, des événements de passage, qui anticipent, qui sont prémices
de ce que Dieu veut réaliser dans ma vie, annonce de cette transformation créatrice ?
4. Je peux rester sur ces paroles de St
Paul ci-après en
essayant de voir ce comment elles peuvent s’actualiser dans ma vie ;
qu’est-ce qui dans ma vie est exposé à la mort ?
1 Co 15, 31 : « Chaque jour, je suis
exposé à la mort, aussi vrai, frères, que vous êtes pour moi un titre de gloire
dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
2 Co
4, 10-12 : « Nous portons partout et toujours dans notre corps
les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi,
manifestée dans notre corps. Quoique vivants, en effet, nous sommes
continuellement livrés à la mort, à cause de Jésus, pour que la vie de Jésus,
elle aussi, soit manifestée dans notre chair mortelle. »
5.
Je
peux méditer à partir de l’image pascale du grain de blé qui doit être enfoui en terre pour
germer et porter du fruit. Quel est ce grain enfoui ou à enfouir ?
Quelle est cette terre dans ma vie en laquelle je dois
être semé, enfoui, pour germer et porter du fruit ? Quel sol est-elle, de
quoi est-elle composée ?
6. Je
peux méditer sur la réalité que je suis, par le baptême, icône du Christ. A quoi cela
m’appelle concrètement dans ma vie être icône du Christ ?
7.
Que signifie la foi en la puissance transformante de
la Résurrection du Christ, dans ma vie, dans le monde ?
Je peux par exemple rester
sur l’interpellation de Louis Evely : « S’il
n’y a pas aujourd’hui dans le monde une puissance de résurrection, de
libération que tu constates, que tu éprouves, que tu exerces, tu n’as pas le
droit de croire à une résurrection. » Quelle puissance de résurrection
est-ce que je peux constater ou exercer dans ma vie, dans le monde ?
8. S. Paccot, Ose la vie nouvelle, p. 354 : « Chacun,
chacune, va avoir dans l’aujourd’hui de sa vie une forme de résurrection. »
Quel est l’aspect de ma vie qui a le plus besoin aujourd’hui d’une
résurrection ?
9.
Que
signifie pour moi devenir la vie éternelle dans tout mon être, vaincre la mort
durant ma vie ? Vivre un au-delà
qui est un au-dedans ? (cf. Zundel)
Maret Michel,
Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges