La
question du bonheur est très discrète dans l'AT (AR 144, p 31), et à
l'exception du livre de Qohélet, elle ne fait l'objet d'aucun discours explicite.
Dans l'AT, le bonheur c'est Dieu lui-même; il est la source de tout bonheur.
Quelques textes important de citer:
Selon Dt 30, 15-20, le Bonheur résulte du choix de la vie, c'est-à-dire
le choix d'observer les commandements : "Vois, je te propose aujourd'hui
vie et bonheur, mort et malheur. (...) Je prends aujourd'hui à témoin contre
vous le ciel et la terre: je te propose la vie ou la mort, le bénédiction ou la
malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, en
aimant le Seigneur ton Dieu, écoutant sa voix, en t'attachant à lui; car là est
ta vie"
Ps 1: Heureux est l'homme... Bonheur-Vie résulte d'une conformité
avec la loi de Dieu
Ps 111, 1.7: "Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui
aime entièrement sa volonté...." "Bienheureux l'homme qui prend pitié
et prête...": une certaine idéalisation
Ps 118, 1-2: "Heureux,
impeccables en leur voie, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur! Heureux,
gardant son témoignage de ceux qui le cherchent de tout coeur, et qui sans commettre de mal, marchent dans ses voies"
Le bonheur est un long et difficile
chemin à construire. (les commandements impliquent le choix ou
respect d'un certain ordre, d'une certaine harmonie, avec la création, avec soi-même, avec les autres, avec Dieu)
Dans le NT, en Mt, Jésus
commence la prédication par un appel au bonheur. Les béatitudes et le Sermon
sur la Montagne (SM) formulent le chemin du bonheur. Les guérisons qui suivent
le SM sont les signes que Dieu veut rendre les hommes heureux.
Il est d'abord intéressant de
situer les Béatitudes dans l'Evangile de Mt:
Au ch. 4, Mt nous présente Jésus affronté au tentateur qui lui propose
un bonheur trompeur (3
tentations : pain, mise à l'épreuve de Dieu, orgueil)
Au ch. 5, il nous présente le chemin du vrai bonheur, un bonheur fait de paradoxes (1er mot du 1er
discours : « Heureux »)
Les béatitudes en Mt se
trouvent au début du Sermon sur la montagne 5, 1 – 7 ; mais ces béatitudes font
partie d'une section plus longue, les chapitres 5-9 qui forment une unité,
encadrée par deux sommaires :
- 4, 23: "Il parcourait la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité"
- 9, 35: "Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume
et guérissant toute maladie et toute
langueur".
Ces chapitres 5-9 comportent deux
sections :
- Ch. 5-7 : Sermon sur la Montagne: Jésus proclame le Royaume en enseignant
(paroles): chemin du bonheur
- Ch. 8-9: dix miracles: Jésus proclame le Royaume en guérissant (actes);
Jésus oeuvre concrètement pour qu'advienne le bonheur. Les guérisons sont des
signes que Dieu veut que les hommes soient heureux.
On
retrouve dans ces deux ensembles (SM et 10 miracles) le paradoxe - presque la contradiction - entre l'acceptation de la
souffrance et la lutte contre la souffrance: dans le SM, Jésus dit en quelque
sorte "heureux ceux qui souffrent"; et dans les 10 miracles, il lutte
contre la souffrance. C'est probablement dans ce paradoxe que se situe la clef
de l'attitude juste face à la souffrance, et son rapport au bonheur. (Le
bonheur est à chercher entre la lutte contre la souffrance et l'acceptation de
la souffrance.)
Les Béatitudes font suite au
sommaire où Jésus enseigne et proclame la Bonne Nouvelle du Royaume; cette
Bonne Nouvelle commence par un appel au
Bonheur; elle exprime en même temps les conditions d'entrée et de
croissance dans ce Royaume. Les Béatitudes sont une sorte d'exhortation, une
Charte d'entrée dans le Royaume, un programme de vie chrétienne. Elles sont
"le programme du bonheur chrétien" (Vocabulaire de Théologie Biblique
118).
On distingue habituellement,
du moins pour l'AT, la bénédiction de la béatitude:
La bénédiction ("dire
du bien") est une parole efficace, créatrice, qui opère ce qu'elle
signifie; c'est une parole pour communiquer
le bonheur.
La béatitude est
une sorte de félicitation, un cri de joie, la constatation d'un bonheur déjà
réalisé, ou du moins en voie de réalisation ; c'est le sens des béatitudes
chez Luc. Mathieu en a fait un programme pour la vie chrétienne (sens éthique), le chemin du bonheur.
Dans l'Evangile de Mt, le sermon est sur la montagne. Dans celui de Luc, il est dans la plaine (Lc 6, 20-26). Luc a 4 béatitudes, alors que Mt en a 9. Mt a les 4 béatitudes de Lc
(viennent de la Source Q)
-
Heureux vous les pauvres, Heureux
vous qui avez faim maintenant
- Heureux vous qui pleurez
maintenant; Heureux vous qui êtes persécutés à cause de moi
Les béatitudes de Luc
contiennent aussi 4 "Malheureux" parallèles aux "Heureux".
Les béatitudes de Luc
se situent à un niveau social - prophétique: ce sont les catégories sociales pauvres, affligés, affamés:
Chez Mathieu, les
béatitudes se situent à un niveau spirituel et éthique:
- les "pauvres"
deviennent "ceux qui ont une âme de pauvre"
- les "affamés"
deviennent les "affamés et assoiffés de justice"
On reconnaît généralement
dans ces trois béatitudes (pauvres,
affligés, affamés, persécutés) le noyau originel des béatitudes. Ce sont
les principales détresses humaines. Elles sont un écho du Livre de la Consolation d'Isaïe:
- Is 61, 1- 3:
"L'esprit du Seigneur est sur moi (...); il m'a envoyé porter la bonne
nouvelle aux pauvres, panser les coeurs meurtris, (...)
consoler tous les affligés, pour
leur donner un diadème au lieu de la cendre, de l'huile de joie au lieu d'un vêtement de deuil, un manteau de fête au
lieu d'un esprit abattu". (Dans la Bible grecque des 70, affligés
revient 3 fois) Dans l'Evangile de Luc, Jésus inaugure sa prédication en
reprenant ce passage du prophète Isaïe.
- Is 58, 6-7:
parlant du jeûne qui plaît à Dieu: "N'est-ce pas plutôt ceci, le jeûne que
je préfère: défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug, renvoyer
libres les opprimés et briser tous
les jougs ? N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri ?" 10 "Si tu te prives pour l'affamé (litt: si tu donnes à l'affamé
le pain de ton âme), si tu rassasies l'opprimé..." 11
Alors, le Seigneur te rassasieras dans les lieux arides, et tu seras comme un
jardin bien arrosé, comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent
pas." (+ Is 49, 10:
"Ils n'auront plus jamais faim ni soif")
- Les pauvres, affligés,
persécutés, et le thème de la justice sont omniprésents
dans Isaïe.
Dans leur sens premier, ces quatre béatitudes sont pré-morales:
les pauvres, affligés, affamés, persécutés sont heureux, non pas parce qu'ils
se comportent mieux que les riches, les rassasiés, les réjouis..., mais à cause
du soin particulier de Dieu pour eux, à cause de l'amour de prédilection de
Dieu à leur égard (c'est-à-dire une option préférentielle de Dieu pour les
pauvres).
Usuellement, on sépare la
9ème béatitude des 8 autres: elle est plus longue, et surtout fait référence au
"à cause de moi" (alors que les 8 autres sont universelles). La première comme la dernière de ces huit béatitudes est conclue par "car le Royaume des cieux est à eux" (inclusion); ce sont d'ailleurs les
seules béatitudes où la conséquence de la béatitude est au présent.
- Les quatre premières concernent plutôt une attitude à l'égard de Dieu:
"Elles sont une invitation à reconnaître notre dépendance par rapport à
Dieu et à nous ouvrir à lui pour être comblé" (Dictionnaire Biblique
Supplément 817)
- Les
quatre dernières concernent une
attitude à l'égard du prochain: Elles "nous proposent les justes
comportements à développer face à nos frères et soeurs en humanité" (Dictionnaire Biblique Supplément 817)
- La quatrième, sur la faim de justice, fait le pont entre les deux:
justice envers Dieu et envers le prochain.
Les exégètes disent que les béatitudes de Mt vont par
paire:
- Les
pauvres et les doux sont exprimés en hébreux par le même terme: les anawîm (humbles)
- Les affligés et les
affamés constituent deux détresses fondamentales
- On peut voir un lien
entre la miséricorde et le coeur pur
(et l'artisan de paix)
- Etre artisan de paix
implique le rétablissement de la justice, et ceux qui oeuvrent pour
la justice souffrent souvent la persécution
Chaque béatitude est composée de deux parties:
- la première est la
déclaration d'un bonheur présent ou à venir.
- la seconde exprime le motif
ou le fondement de ce bonheur; la forme du verbe est passive (ils seront);
c'est ce que l'on appelle des passifs
divins (cela signifie "Dieu les consolera, les rassasiera")
On peut se demander si le
bonheur promis dans les béatitudes est pour maintenant, ou pour l'eschatologie
? La première et huitième béatitude
formulent la promesse pour le présent, les autres pour le futur. Comme la
promesse du Royaume des cieux fait inclusion aux autres béatitudes, on peut
supposer que cette promesse vaut pour toutes les béatitudes. Donc le bonheur
promis est déjà pour maintenant,
dans la mesure où le Royaume des cieux est déjà
présent. (le déjà et le pas encore du Royaume…). Le bonheur est lié à la
fois à la promesse d'être pleinement comblé lors de la réalisation totale de ce
Royaume, et à la certitude d'être entouré de la présence aimante de Dieu.
Si Jésus est le Royaume de Dieu en personne, le
Royaume de Dieu déjà présent, on peut dire aussi qu'il est le bonheur en
personne. "La béatitude trouve en lui à la fois son idéal et son
accomplissement" (Vocabulaire de Théologie Biblique 118). Jésus est celui
qui accomplit l'aspiration au bonheur.
On
peut voir dans les Béatitudes une sorte d'autoportrait
du Christ qui nous invite à le suivre, à vivre en communion avec lui et à
l'imiter. Jésus est le pauvre de coeur, le doux, l'affligé, l'affamé de
justice, le miséricordieux, le coeur pur, l'artisan de paix par excellence, le
persécuté pour la justice, et même mis à mort.
1. Les
pauvres sont en Luc une classe sociale. Matthieu en change le
sens: la pauvreté devient une attitude intérieure, morale ou spirituelle; les
pauvres en esprit sont ceux qui sont pauvres intérieurement, ceux qui s'en
remettent totalement à Dieu, qui reconnaissent qu'ils dépendent totalement de
lui; être pauvre de coeur, c'est tout simplement être humble (cela entraîne une confiance source de paix et de sécurité).
On
parle souvent d'option préférentielle de
Dieu pour les pauvres. Ce thème traverse la Bible de part en part; mais on
le trouve plus particulièrement dans le livre de la consolation d'Isaïe,
Is 57, 15 ss et 66, 2, qui annonce le salut pour les pauvres, les faibles.
2. Les doux sont très semblables aux pauvres, puisque c'est le
même terme en hébreu (anawîm).
D'après la béatitude, les doux posséderont
la terre. La béatitude fait écho au Ps
36, 11, où il est dit: "Les doux
posséderont la terre, ils jouiront d'une abondante paix" // v. 29. L'habitation de la terre est
comme le leitmotiv de ce psaume (v.
3. 11. 29. 34). Cette terre est la terre promise, le Royaume de Dieu. La
douceur, dans ce psaume est très fortement liée à la confiance en Dieu et au
refus de la violence (intérieure et extérieure), au pacifisme (v. 3-6. 37)
Les doux sont des pacifiques (pas des mous !); ils
refusent l'utilisation de la violence (dans son sens dur; cf. Gandhi), même
pour faire advenir le Royaume. Le doux est celui qui n'agresse pas son
prochain, que ce soit par des paroles ou par des actes. Il ne s'emporte pas
devant les contradictions de la vie et sait rester patient dans l'attente
d'être comblé, dans la patience et la confiance en Dieu. Le doux sait vivre
avec le temps de Dieu, avec la patience de Dieu. Le doux est une personne
désarmée, qui n'a rien à défendre. Etre doux, c'est source d'une grande paix et
d'une grande liberté par rapport aux personnes et aux événements.
Jésus est le Pauvre, le doux par
excellence. Il disait:
"Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de coeur" (Mt 11,
29). Dans l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, Mt cite le prophète Zacharie: "Voici que ton roi vient
à toi; il est doux (humble), monté sur un ânon" (Mt, 21, 5).
3. Heureux les
affligés: Le terme grec, et plus
encore le terme hébreu sous-jacent, signifie une souffrance active, exprimée, et non pas une souffrance passive,
éprouvée, subie (en Luc : ceux qui pleurent). Heureux ceux qui sont dans l'attente active d'un accomplissement,
attente de la venue plénière du Royaume, attente de la consolation définitive
qui seule délivrera les hommes de toute affliction. Cf. Livre de la Consolation d'Isaïe: Is 61, 2 "L'esprit du Seigneur est sur moi... pour consoler
tous les affligés" (En hébreu, le terme affligé "exprime la douleur
très vive, presque désespérée, devant la très grande perte subie"
Dictionnaire Biblique Supplément 802)
La béatitude des affligés est peut-être celle qui semble
la plus difficile, si l'on considère le bonheur pour maintenant. Et pourtant,
sans aller jusqu'aux larmes de joie, ni même jusqu'à la joie parfaite de St
Jean de la croix, on peut dire que l'affliction et le bonheur ne sont pas
incompatibles. Une grande affliction peut se vivre dans une grande confiance en
Dieu et dans une profonde paix et sérénité.
Jésus
lui-même a pleuré, sur Jérusalem, sur Lazarre...
4. Heureux ceux
qui ont faim et soif de la justice: Le
thème de la justice est fréquent dans l'Evangile de Mt (// 8ème béatitude). Il
s'agit d'une conduite humaine ajustée aux exigences de Dieu. La suite du SM
explicitera des exigences, qui vont plus loin qu'un justice purement humaine.
La faim et soif de justice "signifie le désir ardent et activement
recherché de vivre selon la volonté de Dieu" (Dictionnaire Biblique
Supplément 806), de vivre en conformité avec l'enseignement de Jésus, d'avoir
une vie ajustée à l'Evangile.
La
justice, en latin Jus, est un
ajustement, un comportement ajusté, qui entraîne une harmonie, vis-à-vis de la
création, de soi-même, du prochain et de Dieu. Inutile de dire que cette
harmonie devrait être source de bonheur, aussi bien pour moi-même que pour le
prochain
5. Heureux les
miséricordieux: miséricordieux, dans
l'AT, s'applique principalement à Dieu, mais aussi à l'homme. L'équivalent
hébreu, la rahamîm, désigne les
entrailles maternelles. Etre miséricordieux signifie littéralement "être pris aux entrailles" devant
une situation de misère. Miséricorde,
en français, est composé des termes latins miseria
et cor; avoir de la miséricorde
signifie littéralement "avoir du
coeur pour la misère".
La miséricorde (compassion) divine s'exprime dans la Bible de deux
manières:
- en secourant toute misère, par des oeuvres de bienfaisance à
l'égard des miséreux
- en pardonnant les péchés: il s'agit de l'oeuvre de miséricorde par
excellence, car le péché est la plus grande misère de l'homme
On ne comprend bien la 5ème béatitude qu'en retenant bien l'étymologie du terme et ces deux manières d'exprimer la miséricorde: être miséricordieux, ce n'est pas seulement pardonner à son prochain, mais c'est avoir le coeur sensible à son malheur et le secourir dans sa détresse (cf. la Parabole du Bon Samaritain : le prochain est celui qui a fait miséricorde)
6. Heureux les
coeurs purs: La suite du SM insistera
sur la pureté du coeur: adultère, aumône, jeûne, prière. Il s'agit de poser des
actes extérieurs en conformité avec l'intérieur, avec le coeur. Les coeurs purs
sont ceux dont l'agir extérieur est en correspondance avec leur être profond: le paraître reflète l'être. Les coeurs
purs sont ceux dont les intentions sont droites, dépourvues d'intentions
biaisées, des coeurs qui ne sont pas doubles, des coeurs dépourvus
d'hypocrisie, des coeurs loyaux, intègres, simples et droits.
"Pur de coeur" est une expression
sémitique qui ne se retrouve qu'une fois dans l'AT, en Ps 24, 4: Qui montera sur
la montagne du Seigneur, qui se tiendra dans son lieu saint ? L'homme au coeur
pur, aux mains innocentes". Ces cœurs purs "verront Dieu" ;
la pureté de cœur donne une clairvoyance, une capacité de voir.
7. Heureux les
bâtisseurs de la paix: (littéralement
"le faiseur de paix") ils
s’agit des personnes qui s'engagent activement à reconstruire la paix. Si
l'expression "faire la paix" ne se retrouve qu'une fois dans l'AT (Pr
10, 10), le mot "paix" (Shâlôm) est très fréquent. Il est
parfois utilisé pour désigner l'ère messianique, le salut; il peut même être
traduit dans certains textes par salut.
Dans Is 9, 5‑6, le Messie est appelé "Prince de la Paix".
Dans son sens biblique, le Shâlôm consiste en l'épanouissement
plénier des personnes, le bonheur total.
Etre artisan de paix
implique deux attitudes:
- La réconciliation: Les artisans de paix sont les personnes
"qui s'emploient activement à établir ou à rétablir la paix là où les
hommes sont divisés entre eux." (Dupont,
in Dictionnaire Biblique Supplément 813)
-
L'établissement de la justice humaine: Au
plan biblique, l'établissement d'une paix durable n'est pas possible sans
l'établissement ou le rétablissement de la justice, sans éliminer tous les
systèmes d'oppression, de violence et d'agression. Etre artisan de paix
consiste à établir des conditions favorables pour que tous puissent s'épanouir
dans la ligne de leur humanité.
8. Heureux
les persécutés pour la justice: Ceux
qui oeuvrent pour la paix, pour l'établissement de la justice sont le plus
souvent persécutés. Etablir la paix, la justice, c'est faire advenir le Royaume
des Cieux, c'est déjà entrer dans ce Royaume.
Les
béatitudes, qui sont en quelque sorte la Charte
du bonheur évangélique définissent celui-ci de façon paradoxale et cassent tous
les stéréotypes sociaux à son sujet. "Jésus dénonce l'ambiguïté d'une
représentation terrestre de la béatitude." (Vocabulaire de Théologie
Biblique 119) Elles opèrent un certain renversement
des valeurs; elles nous font passer des valeurs humaines aux valeurs du
Royaume. Les béatitudes sont comme les antithèses
de ce que nous laisse croire notre monde. Notre
société affirme: heureux ceux qui sont riches, beaux et en bonne santé,
ceux qui font bonne chère, heureux ceux qui rient et réussissent, heureux ceux
qui ont une bonne réputation, heureux les puissants, les gagnants. Selon cette
conception, les doux, les souffrants, les malades, les démunis, les pacifiques
se voient fermer la porte du bonheur. Or, Jésus rectifie: heureux les pauvres,
heureux les affligés, heureux les persécutés (Cf. Mt 5, 2-12). Heureux
sont-ils, car objet d'un amour préférentiel de Dieu, mais aussi parce que
dépouillés de ce qui est provisoire, il leur est donné de découvrir
l'invisible, les valeurs éternelles, ils deviennent héritier du Royaume de
Dieu. Dans ce Royaume réside la réponse
ultime à la soif de bonheur qui habite l'homme. La souffrance est peut-être
le catalyseur qui amène à dissiper la confusion entre bonheur et plaisir,
bouleversant un ordre erroné des valeurs, et dénonçant l'illusion de vouloir
trouver la plénitude dans ce qui est trop humain. La souffrance s'avère un mal
qui peut amener à découvrir le chemin du bonheur authentique qui ne déçoit pas.
Les témoignages de grands malades vivant une joie, une paix et une sérénité
profonde au coeur de souffrances très éprouvantes ne manquent pas. Ils viennent
nous rappeler que la souffrance et un certain bonheur ne sont pas
incompatibles, à condition de ne pas attendre pour ici-bas la béatitude
parfaite.
4, 23: "Il parcourait la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité"
Chapitres 5-7 : Sermon sur la montagne : Jésus proclame le Royaume en enseignant (paroles): il décrit le chemin du bonheur
5, 1-2 : "Voyant les foules, il gravit la montagne, et quand il fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Et prenant la parole, il les enseignait en disant"
7, 28-8, 1 : "Et il advint, quand Jésus eut achevé ces discours, que les foules étaient frappées de son enseignement (...). Quand il fut descendu de la montagne, des foules nombreuses se mirent à le suivre".
Chapitre 8-9 : 10 miracles: Jésus proclame le Royaume en guérissant (actes); il oeuvre concrètement pour qu'advienne le bonheur. Les guérisons sont des signes que Dieu veut que les hommes soient heureux.
9, 35: "Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur".
Maret Michel, Communauté du
Cénacle au Pré-de-Sauges