q L’épître à Timothée est la dernière des lettres de Paul. Elle a été écrite peu avant sa mort. Lorsqu’il écrit, Paul sait qu’il va mourir. 2 Tm 4, 6 : « Quant à moi, je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu. J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai achevé ma course , j’ai gardé ma foi. »
q Lorsqu’il a commencé à œuvrer aux cotés de Paul, Timothée était relativement jeune. TOB, p. 635 décrit bien la personnalité de Timothée : « D’allure plutôt timide et réservée (…), de santé délicate, il était sujet à de fréquentes faiblesses. On sait comment l’apôtre le grondera affectueusement à ce sujet : "Cesse de ne boire que de l’eau. Prends un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquentes faiblesses." (1 Tm 5, 23) »
q Paul, emprisonné, avait laissé à Timothée la charge de la communauté d’Ephèse. Une communauté pas facile, divisée, où survenaient querelles, conflits, jalousie, où se vivaient de graves manquements. C'est pourquoi Paul « se trouve devant un Timothée découragé, en proie à la peur, faible, tenté. » (C. M. Martini, En chemin avec Timothée, St Augustin, 1997, p.24)
q Le but de la lettre est précisément d’exhorter Timothée à se ressaisir, à raviver la grâce du baptême qu’il a reçue, à se rendre fort dans la grâce du Christ.
q Timothée, quelqu’un en qui l’on peut donc aisément se reconnaître. Il ne fait pas partie de ce que l’on peut appeler des athlètes de la foi comme Paul.
Ch. 1 : Salutation – thème de l’épître : raviver la grâce du baptême
Ch. 2 : Exhortation à s’unir au mystère pascal : le sens des souffrances du chrétien
Ch. 3 : Les épreuves auxquelles seront soumis les croyants
Ch. 4 : Adjuration solennelle – recommandations – salutations
q Dans la salutation solennelle du début, Paul au lieu d’utiliser la formule annoncer l’Évangile, la Bonne nouvelle, à laquelle nous sommes habitués, a choisi la formule promesse de vie. Et l’Évangile est bien une promesse de vie, au sens fort du terme.
q La suite de la formule exprime en quoi consiste cette promesse de vie : grâce, miséricorde et paix, de par Dieu le Père et de Jésus le Christ notre Seigneur.
q La grâce est presque toujours associée à la paix dans les lettres de Paul. La grâce (charis) est l’équivalent grec du schalom hébreu, la paix messianique, ce que devait en tout premier apporter le Messie annoncé par les prophètes. Vocabulaire de Théologie Biblique 515 : « Pour les chrétiens, elle est le don par excellence, celui qui résume toute l’action de Dieu et tout ce que nous pouvons souhaiter à nos frères. »
q Cette grâce, qui est promesse de vie, est encore explicitée au v. 10 : « Cette grâce a été manifestée par l’apparition de notre Sauveur le Christ Jésus, qui a détruit la mort et fait resplendir la vie et l’immortalité par le moyen de l’Évangile. » Ce court passage est ce que l’on appelle le kérygme, c'est-à-dire un condensé de l’Évangile, et ici du mystère pascal.
q Paul est emprisonné, prêt à mourir, et paradoxalement, il rend grâces. On attendrait de quiconque dans ces circonstances, tristesse, abattement, inquiétude. Mais pour Paul, la vie est entre les mains du Christ, et l’action de grâces est devenue pour lui comme une deuxième nature. Sa vie tout entière est devenue action de grâces (eucharistie)
q Les termes eucharistia, eucharisteo (eucharistie, eucharistier = action de grâces, rendre grâce,) se retrouvent plus de 60 fois dans le NT. La notion d’action de grâces est donc fondamentale pour les chrétiens ; la vie chrétienne est une action de grâces. Parce que le chrétien voit Dieu en toute chose et toute chose en Dieu. Dieu présent à l’œuvre dans notre vie et dans le monde, même là où il semble apparemment absent.
q C. M. Martini. « Il ne s’agit pas d’une bonne
conscience moraliste (je n’ai pas commis de péchés ni de manquements, grâce à
Dieu, je ne connais pas de faiblesse) ; il s’agit de la conscience d’être en
quête sincère de Dieu, malgré faiblesse, lâcheté ou erreur. » (op. cit., p. 26-27). Cela n’a rien à
voir avec se donner bonne conscience,
mais c’est avoir un cœur droit, sincère, une bonne volonté. Cette
compréhension de la conscience pure, loin de culpabiliser, peut au contraire
être libérant.
q Dans le contexte de ce que j’ai dit de la personnalité de Timothée, c’est une exhortation très vigoureuse à raviver la grâce reçue au baptême, grâce qui est don d’un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi.
q Raviver le don : L’image des graines est à ce sujet très éclairante.
Toutes les graines, une fois arrivées à maturité, sont en dormance. Quelque
chose doit casser ce mécanisme de dormance pour les activer. Ainsi, on a trouvé
des graines de blé dans les pyramides d’Egypte, et on
les a fait germer. Donc, il leur fallait un peu d’eau pour qu’elles puissent
germer. D’autres ont un tégument très dur qui empêche l’eau de pénétrer.
Quelque chose, doit percer ce tégument pour que l’eau puisse pénétrer. Ce peut
être le gel, les intempéries, l’usure, le feu…
Il y a beaucoup de chrétiens qui sont en dormance, qui n’ont pas activé la force de germination du Royaume qui est en eux, la grâce baptismale reste à l’état de semence, sans déployer ses forces de vie.
q Plus loin, Paul utilise l’image du vase (2, 20-21) : de même, le vase doit passer par le feu, par une transformation pour
acquérir sa solidité, sans quoi il reste fragile, friable.
q Littéralement, anazôppureô signifie attiser, ranimer le feu, réenflammer, redonner vie. C’est rallumer la flamme qui nous a presque toujours habité à moment donné de notre vie spirituelle, et qui s’est attiédi. Il y a parfois besoin, comme aux soins intensifs, de réanimation.
q La crainte se dit en grec deilia. Ce n’est pas la crainte filiale, mais
la crainte négative. Il s’agit « d’inconsistance, de pusillanimité, de
lâcheté. » (Martini, op.
cit., p. 46)
q La recommandation à ne pas avoir de crainte (deilia) se retrouve à de nombreuses reprises dans
les Évangiles : Jn 14, 27 : « Je vous laisse la
paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous
la donne. Que votre cœur ne se trouble pas, ne craignez pas. » Lc
12, 4-7: « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps et après ne
peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre :
craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne.
Oui, je vous le dis, celui-là craignez-le ! Ne vend-on pas deux passereaux
pour deux sous ? Et pas un n’est en oubli devant Dieu ! Bien plus,
vos cheveux même sont tous comptés. Soyez sans
crainte, vous valez mieux qu’une multitude de passereaux. »
q D’après ces passages de l’Évangile, cette
absence de crainte vient de la confiance que tout est entre les mains de
Dieu, et que je n’ai donc pas à m’inquiéter.
q Force est la traduction du mot grec dunamis, qui est un des
termes par lequel on exprime les miracles dans les Évangiles. Lc 19,
37 : « Déjà Jésus approchait de la descente du Mont des Oliviers
quand, dans sa joie, toute la multitude des disciples se mit à louer Dieu pour
tous les miracles (dunameôn) qu’ils avaient vus. »
q Il est dit à plusieurs reprises dans les
Évangiles de Jésus que la Puissance de
Dieu ou de l’Esprit était sur lui (Lc 4, 14), ou qu’une force sortait de
lui. Le terme est toujours relié à la puissance de Dieu, à la force de
l’Esprit.
q En grec agapè. Il s’agit donc de l’amour
avec lequel le Christ nous a aimés
En grec sôphronismou,
terme de la même racine que sôphia,
sagesse. On peut en déduire qu’il s’agit d’une sagesse spirituelle
empreinte de discernement et du sens de la juste mesure.
q Encore une fois, il ne s’agit pas de courir après la souffrance, mais de ne pas esquiver les exigences de l’Evangile, de ne pas fuir les épreuves inévitables liées à l’authenticité de la vie de chrétien, lutter et payer de sa personne pour l’Évangile. Plus loin, en 3, 12, Paul dira : « Oui, tous ceux qui veulent vivre dans le Christ avec piété seront persécutés. » Persécution à quelque niveau que ce soit, extérieur ou intérieur.
q Au lieu de les subir, au risque de virer à l’amertume, nous pouvons, comme le Christ, consentir, poser un acte de liberté face à ce qui nous est imposé par la vie, par les événements, par les personnes. Jn 10, 18 : « Ma vie, nul ne me la prend, mais c’est moi qui la donne. » Le chrétien peut s’unir au Christ dans son mystère pascal, pour qu’il transforme par la force de sa résurrection, ce chemin de croix en chemin de vie.
q Nous pouvons consentir librement à notre vie et
à ses aspects douloureux, ses épreuves, dans une vision de foi, d’espérance,
dans le sens de ce que disait St Paul en Rm 8, 28 : « Tout
concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » Rm 12, 21: « Ne te laisse pas
vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. »
q J.
Philippe : « C’est une vérité absolument fondamentale : Dieu est capable de
tirer profit de tout, du bien comme du mal, du positif comme du négatif.
C’est en cela qu’il est Dieu, et qu’il est le "Père tout-puissant"
que nous confessons dans le Credo. » (La liberté intérieure, p. 44)
q Il y a d’ailleurs un
passage de l’Imitation de Jésus-Christ
qui dit : « Celui qui porte la croix de bon cœur, c’est la croix
qui le portera ; celui qui la porte à regret, il en augmente le poids. »
q Sauver, (sôteria en grec): Le terme contient une
certaine idée de perfection, de plénitude : le salut, c’est l’intégrité,
la santé parfaite du corps et de l’âme, l’immunité de tout défaut et de toute
maladie. Le salut, c’est donc la
plénitude de vie. Jésus a dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance »
(Jn 10, 10). Le salut, c’est la promesse de vie du v. 1
q Appelés d’un saint appel : Cette répétition renforce la notion d’appel.
Il s’agit fondamentalement de l’appel de tout chrétien à la vie d’enfant de
Dieu. Mais peut aussi désigner la vocation qui peut en découler. (cf. la
vocation de Samuel……..)
q Non en considération de
nos œuvres, mais conformément à son propre dessein et à sa grâce : malgré tous les efforts
auxquels Paul exhorte, il ne s’agit pas de s’acquérir son salut : celui-ci
reste une grâce gratuite de Dieu.
q Comme dans l’Epître aux Philippiens, Paul ne
rougit pas de ses chaînes, il en tire plutôt fierté, et avantage pour l’annonce
de l’Évangile. Et il appelle Timothée à faire de même : v. 8 :
« Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur,
ni de moi son prisonnier. » //
v. 16 : « Il n’a pas rougi de mes chaînes. »
q Le ch. 2 commence par une exhortation à la
fois affectueuse et très vigoureuse de Paul : « Toi donc, mon
enfant, fortifie-toi dans la grâce du Christ Jésus. » Une exhortation à la détermination, mais pas
pour autant au stoïcisme, pas à une auto-fortification, où l’on se ferait son
salut soi-même : c’est dans la grâce du Christ. On peut se rappeler ces
paroles paradoxales de la lettre aux Corinthiens : « Je puis tout
en celui qui me rend fort », et 2 Co 12, 9 : « Ma grâce
te suffit : car ma puissance se déploie dans la faiblesse ».
q Paul renouvelle sa demande
de ne pas esquiver les souffrances liées à la vie du chrétien. Paul introduit le mot part : C’est
la part personnelle de chacun, ni plus ni moins. Une part qui n’est pas la même
pour tous. C’est ce qu’il m’est donné de vivre, mon saint appel,
les événements bons ou moins bons de la vie, joyeux mais aussi douloureux.
q Un passage du livre de Ben
Sirac le Sage est éclairant sur ce terrain : « Mon fils, si tu
viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l’épreuve ;
fais-toi un cœur droit et tiens bon ; ne te tourmente pas à l’heure de
l’adversité. (…) Toutes les adversités, accepte-les ; dans les revers de
ta vie pauvre, sois patient ; car l’or est vérifié par le feu, et les
hommes agréables à Dieu par le creuset de la pauvreté. » (2, 1s)
q
Cette
part de souffrances à prendre est explicitée d’abord au niveau purement
simplement humain par trois images :
Trois domaines où on est bien conscient que
l’on n’arrive pas sans efforts ni sans souffrances au résultat escompté. De
même que l’apprentissage de tout métier, tout sport, toute activité artistique
est pénible.
q En bon soldat du Christ : Un autre texte où Paul utilise aussi l’image
du soldat, en demandant de se fortifier dans la force de Dieu : Ep 6,
10 : « Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur
de sa force. Revêtez l’armure de Dieu pour résister aux manœuvres du diable… »
L’image du soldat apporte quelque chose de plus
que la notion de lutte ou de souffrance : elle dit qu’il faut se donner
corps et âme en vue de la cause pour laquelle on lutte ; être prêt
à donner sa vie pour cela.
q L’athlète : J. Dumoulin écrit à ce sujet : « Comment le sportif pourrait-il devenir fort s’il ne rencontrait des obstacles ? A-t-on jamais vu un haltérophile porter des poids de dix grammes pour se faire les muscles » (Job, une souffrance féconde, p.16). Ainsi, l’homme ne peut devenir fort, grandir, que dans l’épreuve, aussi bien au plan physiologique, que spirituel.
En 1 Co 9, 24-25, Paul explicite l’image de l’athlète : « Vous savez bien que, dans les courses du stade, tous les coureurs prennent le départ, mais un seul gagne le prix. Alors vous, courez de manière à l’emporter. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour gagner une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas. »
q Le cultivateur : Le cultivateur sait aussi qu’il doit
travailler dur s’il veut que son jardin, ses champs produisent des fruits. Agir
autrement, laisser ses champs en friche, serait se leurrer profondément.
q (traduction ici littérale)…………..
« Souviens-toi de Jésus-Christ,
ressuscité d’entre les morts…
Elle est sûre cette parole :
Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous
vivrons,
Si nous tenons
ferme, avec lui nous régnerons. »
q Traduit ici comme quelque chose de réalisé. En
grec, c’est en fait un aoriste qui exprime une action à un certain moment, dont
on ne sait pas toujours très bien si elle est passée, présente ou future. La Bible
de Jérusalem traduit comme quelque chose de déjà accompli. Et c’est intéressant
parce que cela montre que cette mort n’intervient pas seulement à la fin de
notre existence. Il s’agit donc ici d’une mort qui doit s’accomplir tout au
long de notre vie. Pour que peu à peu la résurrection transfigure tout
notre être : avec lui nous vivrons.
q
Il faut se
rappeler ici les paroles de M. Zundel : « L’au-delà
est au-dedans. Le ciel mûrit en nous, la "survie" pénètre la vie, en
l’arrachant à chaque instant à cette mort…» (In MARC DONZE, La
pensée théologique de Maurice Zundel, Tricorne,
Genève, 1991, p.
256)
«Il
faut devenir le ciel… Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir
dans tout son être ».
(In MARC DONZE, Témoins d’une
présence, p. 126-127)
q Les v. 14-18 présentent une triple
exhortation :
q Rappelle-le : la mémoire est essentielle dans la Bible. Souviens-toi
revient comme un leitmotiv dans le Dt, en particulier dans le ch. 8. Dt 8,
2-18: « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur t’a fait faire
pendant 40 ans dans le désert, afin de t’humilier, de t’éprouver et de
connaître le fond de ton cœur… N’oublie pas le Seigneur qui t’a fait sortir du
pays d’Egypte. »
Faire mémoire est quelque chose de vital pour
le croyant, et il a
constamment besoin qu’on le lui rappelle. Mémoire de ce qui fonde notre
vie : le Christ, le kérygme, les Paroles qui ont eu une importance
fondamentale dans ma vie, les événements clefs de ma vie.
Faire mémoire, c’est donner « un
sens » à ce que je vis : Le sens, c’est ce qui oriente ma vie, ce qui lui donne un but ;
c’est en même temps ce qui la porte, ce qui lui donne un élan, un dynamisme. Un
proverbe (Hébreu ?) : « Un
peuple qui n’a pas de mémoire est un peuple qui n’a pas d’avenir. »
q Paul lance encore une exhortation en utilisant
3 qualificatifs, trois images……………
Maret Michel, Communauté du Cénacle au
Pré-de-Sauges