« Lors d’une expédition en montagne, une
alpiniste découvrit un nid d’aigle abandonné. Il contenait un œuf. L’alpiniste
décida de l’apporter pour le faire éclore dans son poulailler. Elle le déposa
au milieu des œufs d’une poule en train de couver. Peu de temps après, un
aiglon naquit au milieu d’une couvée de poussins. La mère poule l’éleva comme
s’il était un des siens et l’aiglon apprit à vivre et à se comporter comme les
poussins. Mais les autres poussins se moquaient de lui, car il n’avait pas les
mêmes plumes qu’eux, il avait un bec crochu qui les faisaient bien rire, des
pattes aussi crochues, et il avait des ailes immenses. Et il en vint à se mépriser
lui-même, pour ces anomalies.
Un jour, l’aiglon vit planer dans le ciel un grand
oiseau. Il se dit : "Moi aussi, je volerai un jour comme cet
oiseau !" Mais ses frères et sœurs poules se mirent à rire de
lui : "Tu es une poule, comment veux-tu voler comme cet
aigle ?" Tout honteux, l’aiglon regretta d’avoir prononcé de
telles paroles et continua à picorer des grains à la manière des poules, ce
qu’il faisait maladroitement, à cause de son bec crochu.
L’alpiniste revint voir l’aiglon qui s’était bien adapté au monde des
poules. Le prenant dans les mains, il le lança dans les airs pour le faire
voler, mais l’aiglon eut à peine le temps d’ouvrir ses ailes qu’il atterrit
maladroitement sur le sol. Un éclat de rire général des poules souligna sa
chute. Mais l’alpiniste, qui connaissait la vraie nature de l’aiglon, ne se
découragea pas. Il monta sur le toit de la grange avec l’oiseau et lui dit : "Tu es un aigle, vole !" Et il le
lança dans le vide. Saisi d’un réflexe spontané, l’aiglon ouvrit ses ailes,
plana un moment au-dessus de la basse-cour, puis à grands coups d’ailes,
s’envola vers les sommets des montagnes voisines. »
(Tiré de J. Monbourquette, Je suis aimable, p. 47, avec quelques adaptations)
Ø
L’histoire
de cet aiglon est un peu notre histoire. Pour nous adapter à notre entourage,
il y a une part de notre identité qui a été refoulée. Ce refoulement est un éloignement
de nous-mêmes, de ce que nous
sommes profondément. Pour s’aimer vraiment soi-même, l’aiglon doit reconnaître
d’abord son identité profonde d’aigle, cesser de la
mépriser, et ne pas chercher à être comme les autres poules.
Ø J.-P. Wagner : « Les vulnérabilités sont le
point faible de nos valeurs. Là où nous sommes le plus sensibles, c’est dans
les domaines où nous sommes naturellement doués et que nous apprécions le plus.
Là où se trouvent nos forces, se trouvent nos faiblesses. » (Institut
Français de l’Ennéagramme, L’Ennéagramme et les vulnérabilités de l’enfant
intérieur)
Ø J’ai une nièce qui, toute petite, était très
enjouée, joyeuse, très relationnelle. Malheureusement, elle a été sans cesse
rabrouée par son papa qui lui disait toujours : « Esther arrête
de parler tout le temps ! Esther, tais-toi ! Esther, ça suffit !» Et Esther est
devenue une fille discrète, timide et plutôt triste. Parce qu’à son âge, elle
n’était pas en mesure de recevoir d’une manière critique les reproches de son
papa, elle a intégré le fait d’être joyeux, exubérant, relationnel comme des
contre-valeurs. Elle a intégré ses richesses comme des défauts. En psychologie,
on dira qu’elle a mis une part de sa personnalité dans l’ombre, elle a
mis ses richesses dans l’ombre.
Et elle a revêtu un masque, une persona discrète, timide.
Ø Comme Esther a été blessée dans ce domaine de
sa personnalité, elle deviendra excessivement sensible dans ce domaine,
lorsque des attitudes de tierces personnes lui feront miroir de ces qualités
refoulées. De plus, Esther deviendra probablement excessivement critique
envers les personnes qui lui rappellent ces traits de caractère qu’elle a
refoulé.
Ø Ce qui en elle était des richesses est devenu
pour elle source de mésestime de soi. On perçoit tout de suite le lien avec
l’estime de soi : les qualités refoulées, parce que jugées mauvaises,
sont source de mésestime de soi. Pour s’aimer elle-même, Esther devra
apprivoiser, réintégrer ces richesses qu’elle a mises de côté, les considérant
comme des défauts. Elle devra les redécouvrir comme des richesses.
Ø
Le mot latin persona signifiait, dans le monde romain, le masque que
portaient les acteurs, ou le rôle que jouaient ces acteurs (= le personnage). La persona,
en psychologie, c'est l’ensemble des masques que je présente aux autres,
pour me faire mieux accepter par eux, pour me conformer aux normes ou attentes
sociales, morales et éducationnelles du milieu où j’ai vécu, principalement
durant les toutes premières années de ma vie. La persona voile en partie l’identité profonde de la personne.
Ø La persona chez l’aiglon, est celui
de poule. Persona et ombre: cf. schéma
Ø
Pourtant, selon Jung, tout masque n'est pas négatif. Certains masques
sont nécessaires pour l'adaptation à
l'entourage: ils permettent la socialisation. Pour pouvoir vivre ensemble,
tous les êtres humains doivent s'adapter plus ou moins à leur entourage, sous
peine de produire des anarchistes et des narcissiques associables.
Ø
Ce qui est négatif, c’est la persona
pathologique, parce qu’elle met dans l’ombre mon identité profonde.
Ø Une attitude durcie,
raidie, tatillonne, intolérante, excessivement critique, peu équilibrée.
Ø
Une
attitude blessée, des culpabilités, des peurs excessives.
Ø Exemple : Olivier est un homme qui aime l’ordre. Il a besoin que
chaque chose soit à sa place, au bon endroit. Cela le met hors de lui-même que
sa femme Isabelle ne soit pas aussi soucieuse de l’ordre que lui. Olivier,
un peu tatillon, veut que la bouteille de vinaigre soit toujours sur le même
rayon, à la même place. En revanche, Isabelle se contente d’avoir la
bouteille à peu près dans cette partie. Olivier ne peut tolérer, quand
il rentre du travail le soir, de trébucher sur les jouets de son fils. Dans ces
domaines, Ie couple ne cesse de se disputer. Isabelle traite son mari de
maniaque de l’ordre, et Olivier ne cesse de se mettre en colère et
traite Isabelle de femme brouillon, parfois même de
souillon.
Ø Porter un masque, c'est cacher, mettre dans l'ombre tout un pan de la personnalité. Le masque, c'est ce que l'on voit, ce que l'on laisse paraître. L'ombre, c'est ce qui est caché derrière le masque, ce que l'on ne veut pas laisser paraître. "L'ombre, c'est tout ce nous avons refoulé dans l'inconscient par peur d'être rejetés par les personnes qui ont joué un rôle déterminant dans notre éducation " et dans notre vie (J. Monbourquette, Apprivoiser son ombre, p. 11).
Ø L’ombre, c’est ce que je n’aime pas en moi. Une principale source de mésestime de soi provient des ombres de la personnalité. Apprivoiser, réintégrer ces ombres permet d’améliorer l’estime de soi, en améliorant du même coup l’amour du prochain. "Faire la paix avec son ombre et se lier d'amitié avec elle constitue la condition fondamentale d'une authentique estime de soi" (J. Monbourquette, Apprivoiser, p. 13) Apprivoiser son ombre permet de s'aimer soi-même.
Ø L’ombre est un éloignement de nous-mêmes, de ce que nous sommes profondément, pour nous adapter à notre entourage. Dans la parabole du début, l’identité de poule que l’aiglon a revêtue met dans l’ombre son identité profonde d’aigle. Et il va mépriser ces traits d’aigle qu’il voit apparaître en lui : bec crochu, pattes crochues, longues ailes, la couleur des ses plumes.
Ø La persona, c'est l'endroit conscient de la personne; l'ombre, c'est l'envers inconscient de la personne. L'ombre se bâtit à l'inverse du masque (positif – négatif). Elle sera composée des aspects refoulés, non vécus ou très peu vécus, exclus de l’existence.
Ø Exemple : - Si l'on m'a appris ou imposé d'être excessivement discret, effacé (un constant « tais-toi ! » comme pour Esther), si l'on m'a présenté l'affirmation de soi comme de l'orgueil ou de l'impolitesse, la partie affirmative de moi-même va être refoulée dans l'ombre. Je deviendrai un timide ou un être timoré.
- Si j’ai été trop rabroué chaque fois que j’exprimais ma joie, mon côté joyeux va être mis dans l’ombre.
- Si l’on m’a fait comprendre qu’il ne faut pas laisser voir ses émotions, que les sentiments, pleurer, c’est des histoires de femmes, je vais développer l’aspect rationnel de moi-même, en refoulant la dimension affective.
Ø Tableau peut être inversé : force – faiblesse : garçon élevé comme une fille ; rationnel…
Ø Il est très difficile de reconnaître l’existence de cette ombre. Jung avait cette formule lapidaire : « Le masque ne connaît pas son ombre. » (J. Monbourquette, Apprivoiser, p. 42) « Elle est en général si bien ignorée qu’elle devient une composante occultée de l’être ». L’ombre est déniée. C’est une réalité que l’on ne veut, que l’on n’ose pas voir. Jung disait encore : « Personne ne peut devenir conscient de l’ombre sans déployer un effort moral considérable. »
On peut distinguer
deux types d’ombres
Ø
L’ombre
positive est constituée
d’énergies, d’émotions, de sentiments, d’aspirations, talents, dons, traits de
caractère refoulés, parce que perçus comme des défauts. Cet ombre positive est
par conséquent un ensemble de richesses, que nous n’avons pas développées, ou
qui ont été refoulées.
Ø
L’ombre négative est constituée de défauts personnels, manques, limites que nous n’osons ou ne voulons pas
voir. L’ombre négative peut tirer son origine d’un refus pur et simple de certaines valeurs ou qualités : refus
de l’honnêteté, refus du respect d’autrui, refus de la moralité. Cette ombre
« tire (parfois) son origine de la
pression qu’un milieu familial et (ou) social a exercé dès le plus jeune âge en
imposant comme normes des conduites et attitudes déviantes. » (Monbourquette, Apprivoiser, p.
29)
Ø
Mais aussi bien dans l’ombre
négative que positive, il y a quelque chose qui n’a
pas été développé, et qui doit être récupéré, réintégré.
Ø
C. Rainville : « Ce qu’on appelle un défaut est en réalité une force non
maîtrisée. » (Je me crée une vie formidable, p. 53) J’aime bien
cette approche positive qui, au lieu de lutter contre une réalité négative,
essaie de trouver la richesse sous-jacente. Il y a un proverbe qui dit qu’on
n’attrape pas des mouches avec du vinaigre.
Ø
Ce qui est
néfaste, ce n’est pas l’ombre en elle-même, mais que son contenu soit
refoulé. L’ombre représente un ensemble d'énergies vitales refoulées, des énergies qui
chercheront à s'extérioriser autrement. Ce cumul de répressions et de
refoulements est comme un volcan
psychique, qui risque constamment d'entrer en éruption.
Ø Les psychologues formulent un principe qui
est très important: L'ombre a comme un besoin
de venir au grand jour. "Quand elle ne peut pas le faire, elle a
tendance à se projeter à l'extérieur sur les autres." (J. Monbourquette, Je suis aimable, p. 299) "Si
elle n'est pas accueillie et recueillie, l'ombre non seulement créera des
obsessions mais forcera son entrée dans la conscience sous la forme de
projections sur autrui. (...) Une personne aux prises avec une projection de
son ombre verra sa perception du réel perturbée. " (J. Monbourquette, Apprivoiser, p
15)
Ø
Mais aussi, ce qui a été refoulé pendant des années tend à régresser (fermenter et pourrir) et à se montrer durci, violent, sauvage.
Cette violence fait peur à la personne qui en est porteuse, et la confirme dans
son sentiment que cette ombre est un mal à éviter.
Ø Dans le cas d’Olivier et son attitude vis-à-vis d’Isabelle, on peut se demander s’il n’est pas
d’autant plus soucieux de l’ordre que son âme est dominée par le chaos. Ne
combat-il pas le désordre de sa femme, en invoquant son amour de l’ordre, avec
autant de fougue qu’elle touche à ce désordre intérieur auquel il a beaucoup de
peine à imposer un contrôle ? Quand Olivier traite sa femme de brouillon,
il s’énerve tellement parce qu’il y voit sa propre ombre, c'est-à-dire son
propre désordre intérieur.
Mais
inversement, Isabelle lutte contre un contraire qu’elle porte en elle : Il
pourrait s’agir d’une attitude intérieure rebelle et fixe qui vise l’attitude
maniaque qu’elle a connue chez ses parents, contre laquelle elle continue
encore à se défendre, en faisant exactement le contraire. Mais cette attitude
minutieuse n’a pas disparu pour autant. Cet ombre s’est incarnée en Olivier et
lui fait de nouveau face. Isabelle projette donc sur Olivier son propre fond hyper-ordonné et le combat en lui.
Ø
L’ombre
n’est pas un mal. Si
c’était le cas, on devrait la combattre au lieu de s’appliquer à la reconnaître
et à la réintégrer. Elle contient un
ensemble de richesses enfouies, des énergies vitales de la personne. Ce qui
n’est pas bon ni sain, c’est que ces richesses soient enfouies, refoulées. Il
est vrai que la persona, le masque que je porte, peut causer du mal et
de la souffrance pour mon prochain.
Ø
Nous
pouvons découvrir notre ombre en étant
attentif à nos manières d’agir ou de réagir : Attitude raidie, tatillonne, intolérante, portée au jugement, à la
critique. Ce qui suscite des réactions émotionnelles violentes,
disproportionnées. Nos critiques véhémentes envers quelqu’un en disent plus
sur nous-mêmes que sur la personne visée.
Ø Ce qui est projection et ce qui ne l’est pas : Je peux remarquer chez une personne des imperfections, des maladresses, des défauts, des tics, des oublis constants, sans me sentir hors de moi-même ou exaspéré par ces attitudes. Il s’agit alors d’un regard objectif.
Mais si ces attitudes me mettent hors de moi-même,
provoquent des réactions violentes, disproportionnées, bouleversent mon
existence au point que j’éprouve pour cette personne de la peur, du mépris, de
la répugnance ou de la haine, (une fascination) il est probable je fasse alors de la projection sur cette personne. J’ai alors déformé et suramplifié les attitudes de cette personne.
« La fascination, une caractéristique de la projection de l’ombre. » (Apprivoiser, p. 98) : la personne me fascine, je n’arrive plus à détacher mon attention d’elle
Élisabeth Bürkler : « Les aspects chez mon partenaire, lesquels m’énervent tout particulièrement, me placent personnellement devant mes propres tâches de développement les plus importantes. » (Pharmacie chez soi, mai 2003, p. 61[MM1])
Ø A. Grün : « Seul celui qui est réconcilié avec lui-même, peut également se
réconcilier avec les personnes de son entourage. Qui est divisé en soi,
divisera également les hommes qui sont autour de lui. »
(Se pardonner à soi-même, p. 44)
Ø Le développement de la personne, selon Carl Jung, ne demande ni l’élimination de l’ombre, ni l’élimination de tous les éléments du masque, dont certains sont nécessaires. La santé psychologique, selon Jung, consiste à établir un juste équilibre entre les éléments opposés du psychisme, un juste équilibre psychique entre la persona et l’ombre[MM2].
Ø Autrement dit, il faut harmoniser les contraires, et non pas les opposer, ou les éliminer ; d’opposés qu’ils sont, il faut les rendre complémentaires. Apprivoiser ou intégrer son ombre consiste à faire d’elle non plus un ennemi, dont on a peur et qui nous nuit, mais une alliée à notre service [MM3]
Ø Exemples tirés du schéma :
- l’équilibre entre l’aspect poli (persona) et affirmatif (ombre) de ma personne peut me rendre diplomate, ou assertif
- L’équilibre entre l’aspect doux et colérique peut me permettre d’œuvrer de façon à la fois énergique et pacifique pour le rétablissement de la justice.
- L’équilibre entre l’aspect fort et faible de ma personne peut m’amener à une force empreinte de douceur, non écrasante pour les autres.
- Discipliné, ordonné – indiscipliné, désordonné : un tempérament discipliné, ordonné, mais avec une certaine souplesse (sans raideur, obsessions, maniaqueries, ou intolérance).
- Mt 10, 16 : « Soyez rusés comme des serpents et candides comme des colombes. »
- Is 11, 6 : « Le loup habitera avec l’agneau. »
Ø Selon Jung, ce n’est pas par une attitude volontariste ou héroïque que l’on peut arriver à cet équilibre entre la persona et l’ombre. Certes, la volonté est nécessaire. Mais cela n’est possible qu’en s’abandonnant à une instance supérieure, le Soi (le Moi profond).
Ø Le Soi, selon Jung, est « l’imago Dei ou le principe divin présent au cœur de tout individu. Il y voit encore le centre de créativité et d’intégration de la personne qui possède intuitivement le plan d’ensemble de la croissance d’un individu.» (cf. J. Monbourquette, Apprivoiser, p. 68). Ce centre de la personne, résout les apparentes contradictions de la personne et les organise en un tout harmonieux. Il se situe au-delà du moi conscient et de l’ombre, et les transcende. Autrement dit, il y a au cœur de l’être humain un lieu qui possède les ressources pour reconstituer l’harmonie dans la personne.
Comment découvrir le
côté occulté de sa personne, et comment découvrir la qualité positive que cache
l’ombre, qualité que je suis appelé à me réapproprier :
1. Me
demander d’abord quels sont les aspects de moi-même que j’aimerai le plus voir
reconnus par mon entourage (= la persona) (Dans l’exemple d’Esther,
elle aimerait être reconnue comme quelqu’un de sérieux, discret ; cela
peut être dans mon cas : Michel est quelqu’un de serviable, généreux, qui
pense aux autres)
- Ensuite, me
demander quels sont les traits contraires que j’ai dû refouler pour mettre
en évidence ces aspects (= l’ombre) (Dans l’exemple d’Esther, elle tend
à cacher son côté exubérant, enjoué, passionné, interprété comme un manque de
discrétion et de sérieux ; cela peut être dans mon cas : Michel est
quelqu’un qui pense à lui, interprété comme de l’égoïsme).
- Dans un 3ème
temps, essayer de m’identifier à ces traits contraires ; qu’est-ce que
cela me ferait si les autres m’identifiaient à ces traits contraires ?
Esther est quelqu’un qui rit tout le temps, exubérante ! Michel est quelqu’un
qui pense à lui-même, égoïste ! Si je me sens alors confus, honteux,
coupable, dévalorisé, il est probable que ce sont des aspects refoulés, mis
dans l'ombre.
2.
Nommer la personne qui me tape le plus sur les nerfs, qui m’exaspère.
-
Qu’est-ce qui en elle me tape le plus sur les nerfs,
me répugne ?
-
En quoi je ne voudrai pas lui ressembler ?
-
Quel défaut apparent, quelle caractéristique est-ce
que je lui trouve ? (trop bavard, trop vantard, trop méticuleux, trop
lent, manque de sérieux ou de discrétion…) ?
-
Quelle qualité exagérée cache ce défaut, et en quoi
cette qualité pourrait compléter ma personnalité ? (trop bavard = je suis
trop discret, timide, et je suis peut-être appelé à m’exprimer davantage)
3.
Quelles sont les situations (remarques, critiques) qui me rendent hypersensible,
nerveux, m’irritent, m’exaspèrent, où j’ai des réactions disproportionnées par
rapport à la situation ? Il est probable que ce sont des situations qui
viennent d’écorcher une partie de mon ombre.
4. « En
réalité, nos critiques virulentes sur les autres ne sont rien d’autre que des pièces non reconnues de notre propre
autobiographie. Si vous voulez connaître à fond quelqu’un, écoutez ce qu’il dit
sur le compte des autres. »
(Ken Wilber). Nos critiques véhémentes à
l’égard des autres en disent plus sur nous-mêmes que sur les personnes
critiquées !
- Ai-je la tendance à relever souvent un défaut d’une
personne, d’une autorité, d’un groupe ?
- En quoi
ce défaut (apparent ou réel) pourrait refléter une part de mon ombre ?
- Quelle qualité excessive pourrait se cacher dans
ce défaut ? En quoi cela m’amène-t-il à réajuster ma
personnalité ?
5. Quels sont les
sujets de discussion qui me mettent mal à l’aise, que je tends à esquiver,
ou au contraire que je ridiculise : sexualité, tendresse,
émotivité…
- Qu’est-ce qui me rend mal à l’aise dans ces sujets de conversation ?
- Ne révèlent-ils pas une peur de
dévoiler une partie de moi-même dont j’ai honte ? Quelle est-elle ?
N’ai-je pas là une richesse à récupérer ?
6.
Dans quelles situations ai-je le sentiment d’être inférieur,
pas à la hauteur, pas assez intelligent, pas assez compétent, situations où
j’éprouve de la honte ? Par exemple, je m’esquive, ou j’ai honte, si je
suis appelé à m’exprimer dans le domaine artistique (peinture, danse...) Il est
alors probable que j’ai refoulé dans l’ombre la dimension artistique de
moi-même.
8. Ai-je de la
difficulté d’accueillir des compliments, surtout en public ? Si c’est le cas, ne
suis-je pas en train de camoufler une partie de mon ombre, c'est-à-dire un fort
désir inavoué d’être reconnu, admiré, félicité ?
7.
De ce qui ressort, quelle est l’ombre (les ombres) que je perçois comme
dominante(s) dans ma vie ? Quelles richesses, quelles qualités à récupérer
cachent-elles ?


1. Je peux constituer par écrit, sur une page, un « portrait » négatif de moi-même, tel qu’il apparaît à travers mes pensées, mes injonctions, mes formules autoaccusatrices et dévalorisantes… Ce portrait exprime une partie de mon ombre.
Reconstituer sur une autre page le « portrait » positif de moi-même, dans la lumière de Dieu. Me regarder comme Dieu me voit et me regarde. Constituer le portrait que Dieu ferait de moi.
Il est utile de revenir régulièrement, encore dans les mois à venir, à ce portrait positif, en le complétant éventuellement, pour corriger et réajuster mon image de moi-même.
2. Prendre le tableau personnel Persona et ombre, choisir la persona et l’ombre qui me caractérisent le mieux aujourd’hui, ou qui me posent le plus de problèmes.
- Si par exemple j’ai tendance à être perfectionniste, et que je ne me donne pas vraiment le droit à l’erreur et à l’imperfection, lorsque je me surprend à me dire : « Ce que tu es maladroit, tu est nul, ce travail ne vaut pas grand chose, c’est médiocre, quel idiot tu fais… ! » essayer, du moins dans des exercices de méditation, de remplacer ces dévalorisations par des formules valorisantes : « Tu as fait un très bon travail, qui n’est certes pas parfait, mais qui est le meilleur possible. Tu t’es beaucoup appliqué. Tu as bien travaillé. Ce travail a une grande valeur. Tu as le droit à l’erreur, tu as le droit à des imperfections, tu as le droit à des limites, tu as le droit de te tromper, tu n’es pas obligé d’être parfait… »
- Si par exemple ma persona est d’être dévoué, au point de blesser le respect de soi, j’ai des sentiments de culpabilité lorsque je prends du temps pour moi, lorsque je refuse un service, lorsque je m’accorde un plaisir. Lorsque je me surprends à me dire : « Tu es un égoïste, tu es égocentrique, tu es un paresseux, tu ne penses qu’à toi même, tu es individualiste et narcissique, tu ne regardes que tes besoins, tu n’es pas efficace, tu n’es pas rentable dans la société, tu vis sur le dos des autres…. », essayer de remplacer ces autoaccusations par d’autres formules valorisantes : « Tu as le droit de prendre du temps pour toi, tu t’es beaucoup donné, tu es très fatigué, tu dois garder un équilibre. Tu fais un important travail. Tu as beaucoup d’attention envers les autres, même s’il t’arrive parfois ne pas repérer un besoin d’une personne, ou de ne pas y répondre. Même si tu n’apportes pas grand chose à la société du point de vue matériel, tu lui apportes néanmoins beaucoup sur d’autres terrains, pour des valeurs importantes…. »
J.
Monbourquette : « Toutes les stratégies pour réaliser cette
conciliation comportent chacune deux étapes : présenter le matériau psychique
au Soi, puis laisser celui-ci l’organiser. Dans la première étape, le moi
conscient se charge d’étaler devant le Soi les éléments opposés de sa
personnalité, c'est-à-dire une facette de l’ombre couplée avec une facette de
l’ego-idéal (persona). Par exemple, si quelqu’un découvre de
l’agressivité refoulée dans son ombre, il s’efforcera d’en repérer la
contre-partie consciente, à savoir la douceur excessive de sa persona.
Dans la seconde, il présentera au Soi, de la façon la plus précise possible, les
opposés, à savoir l’agressivité refoulée et la douceur consciente, et lui
demandera d’exercer sa force d’intégration (…)
En d’autres termes, le moi conscient fait confiance au pouvoir
d’intégration du Soi et le charge de réaliser la "complexification" ou
l’harmonisation des qualités ou traits opposés de la personne par la médiation
d’un symbole unificateur. S’il s’agit comme dans l’exemple précédent de
concilier l’agressivité de l’ombre et la douceur de la persona, il se peut que l’agressivité
prenne la figure d’un serpent et la douceur, celle d’un oiseau. Le Soi
réalisera alors leur intégration à l’aide d’une image archétypale, celle, par
exemple, d’un serpent ailé ou d’un dragon volant. » (Apprivoiser,
p. 111) Le symbole unificateur peut être un animal, une plante, un autre
élément de la nature, une image, un personnage ou une image biblique,…
1. Dans le tableau Persona et ombre,
choisir la persona et l’ombre qui me caractérisent le mieux aujourd’hui,
qui me posent le plus de problèmes. Par exemple, le tableau peut donner pour la
persona « fort», et pour l’ombre, « faible ». Essayer
d’accueillir quelle est la qualité qui concilie ces deux aspects, par exemple
« une force emprunte de douceur, qui n’écrase pas ».
2. Dans un deuxième temps, je demande au Soi d’intégrer à ma personnalité cette qualité unificatrice, par l’intermédiaire d’un symbole unificateur (ne pas forcer l’exercice si l’on ne se sent pas à le faire) :
- J’écarte mes deux mains à l’horizontale, d’environ trente centimètres. Avec la main droite (la main gauche si je suis gaucher), je me vois avec la persona, et avec la main gauche (la main droite si je suis gaucher), je me vois avec la qualité qui est enfouie dans l’ombre.
- Je demande au Soi de rapprocher mes deux mains peu à peu, de rapprocher ces pôles opposés, à mon rythme, afin que les qualités de l’ombre et de la persona se rencontrent et s’harmonisent.
- Je prends tout le temps qu’il me faut pour laisser mes deux mains se rapprocher, sans forcer, en laissant venir ce mouvement de l’intérieur.
- Je continue à
visualiser les images des qualités dans les deux mains.
- Si mes mains
ont de la difficulté à se rapprocher, je regarde ce qu’il y a entre les deux
mains qui fait obstacle. J’essaie de trouver une manière d’éliminer cet obstacle,
pour que les deux mains se rapprochent.
- Quand mes deux mains se rejoignent, je regarde le nouveau symbole qui est issu de l’harmonisation des deux précédents. Je peux éventuellement dessiner cette nouvelle image.
Michel
Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges
[MM1] Monbourquette : « A ma connaissance, il n’existe aucun test psychologique plus précis et (plus) efficace que l’examen de nos projections pour connaître les qualités et les traits de carractère qui manquent à notre croissance. En effet, si nous sommes portés à mépriser ou à détester, chez autrui, certaines qualités ou traits de caractère, c’est que nous avons un besoin urgent de les développer en nous-mêmes » (Apprivoiser, p. 93)
[MM2] Cf. Monbourquette, Apprivoiser, p. 59
[MM3] Apprivoiser, p. 64.